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Séparation de la techno
« A short time effect», d'Alexandre Roccoli
Français de Berlin, Alexandre Roccoli continue de puiser dans la transe électronique, les enjeux de son geste savant contemporain.
Sont-ils condamnés à la mélancolie, ceux qui éprouvèrent au plus profond des textures corporelles l'expérience inouïe du son électronique ? Condamnés à conclure qu'ils n'ont traversé qu'un phénomène hallucinatoire ? Voire sacrifié à une vogue en passant ? Chorégraphe français ayant choisi de se nourrir à demeure du renouveau artistique berlinois, Alexandre Roccoli continue de creuser ce sillon.
Sur la scène d'A short time effect, trois filles passent alternativement des platines et vinyles, elles-mêmes concentrées sur l'espace sonore croisé du mix, à l'espace ouvert du geste en expansion. On serait tenté d'écrire trois nanas. Comment désigner, en effet, la singularité si typée, la tension physique artificialisée, le contour iconique, la palpitation décalée, l'électricité polarisante et tremblée, d'Alice Chauchat, Lola Yonarte et Séverine Rième dans cette pièce? Comment exprimer ce que suggère d'étrangeté, de non-évidence, de mise à distance, le fait qu'un gars tel que Roccoli – un gay, en somme – en passe pour ce faire en ce jeu par trois filles ?
Roccoli s'entête donc. Il travaille dans la faille électronique, l'explore, l'essore. Il ne se trompe pas. Donne à éprouver, avec ses interprètes, que le grand plongeon en soi-même, la fascination d'abandon qu'anime le grand son, ne produit qu'illusion inversée de fusion. Le geste ici inscrit, est en fait celui de la séparation. Séparation de la danse. Le vertige électronique surdimensionne les résonances multidirectionnelles de la production conflictuelle d'un soi projectif, ému, sur un plateau glacé de jouissance, servi d'un gant retourné. Ca se passe à côté.
A short time effect ne transporte pas un dancefloor sur scène. Il saisit l'essence trouble de cet arrachement. En cela il rappellerait le principe d'écriture que déploya Mathilde Monnier pour la pièce Publique ; à ceci près que l'énigme corporelle électronique est sans pareille, même morte-née, et combien affranchie de la poisse des clichés rock increvables. Sur une base d'homogénéité initiale, la pièce distord et dilue peu à peu sa plastique spacio-musicale.
Trois nanas partent, reviennent, lâchent, reprennent, déferlent, s'assèchent, sur un malaxage sophistiqué de hits discos aux beats soudain compressés. Au jour d'une féminité de transfert, opère un étrange travail de glissements et décalages entre registres. Mais comme entre deux mondes, deux temps, deux inclinaisons, et tant d'autres niveaux, Alexandre Roccoli paraît ne pas tout à fait aboutir sa propre séparation, peinant à produire au-delà d'un juste et intriguant essai. La vérité du grand son serait-elle de ne laisser envisager que la fuite ? Sans suite.
Gérard MAYEN
A short time effect a été créé au cours du week-end Ca change ! des Subsistances à Lyon, les 19, 20 et 21 janvier 2007.
Publié le 2007-01-23
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : portrait
Thème(s) : nouvelles pratiques sonores, deconstruction, installation sonore, performance, danse contemporaine,
Mot(s) Important(s) : musique électronique, danse contemporaine, performance, expérimentation,
Artiste(s) : Alexandre ROCCOLI (chorégraphe), Gérard MAYEN (critique),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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