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"La Chaise", ou l'avis d'un gardien de musée


Au Théâtre du Rond-Point, la nouvelle création du Théâtre des Lucioles



Avec La Chaise, Florian Parra, également compositeur de musique de scène, signe un premier texte de théâtre dans lequel, à l'aide d'une langue nerveuse et d'un humour parfois primaire, il travaille la notion de déliaison et de déprise volontaire.


Pendant l'installation des spectateurs, deux hommes en slip (le narrateur et son double fantomatique) pratiquent l'exercice nez-orteil (vous visualisez ?) d'un cours de danse facile, défouloir cocasse avant de s'installer sur la chaise, pour trois mois, comme gardien de musée, « histoire de se faire un peu de fric ».
Les obligations de vigilance et de surveillance imparties à la fonction sont bien vite dissolues dans un désœuvrement vertigineux. Philippe, musicien trentenaire un peu paumé, vacille dans le vide.
A l'insu du grand ordonnateur du musée, le DRH qui crache les affectations telles les coordonnées d'une bataille navale, Philippe dessine au dos des prospectus la cartographie mentale turbulente de sa vie : de son enfance à la révélation de son homosexualité, à l'annonce de sa séropositivité.
Florian Parra signe là un premier texte de théâtre et réitère l'expérience de la création sonore (il composa la musique de Œdipe/sang de Lars Norén mis en scène par Martial di Fonzo Bo, de Erma et Moi, opérette punk de Mario Battista sous la direction de Mélanie Leray en 2006).
Dans une langue nerveuse et un humour n'épargnant personne et surtout pas lui-même, le narrateur évoque son rapport amer au monde : « Les jeunes prennent des pilules, les vieux prennent des pilules. Tout le monde gobe. J'aperçois ma vie comme une salope qui me sèche par derrière et me coupe les jambes. Je voudrais fuir mais je suis menotté sur ce gouffre de chaise avec ces deux connasses névrosées puant la solitude des vieilles qui terminent seules. »
Au-delà des éjaculations langagières, parfois primaires sur le registre « pipi caca popo » et méchamment misogynes, un ressassement métaphysique travaille sourdement la notion de déliaison et de déprise volontaire : incommunicabilité familiale, refus de l'autorité, sécheresse amoureuse.
Une chaise, quatre murs, les susurrements des visiteurs indifférents, le musée est le lieu « idéal » des ressassements centripètes d'une trajectoire mortifère.
La Chaise, texte de Florian Parra, mise en scène de Mélanie Leray, Théâtre des Lucioles, à Paris, Théâtre du Rond-Point, jusqu'au 18 février

Gwenaëlle Aupetit

www.theatredurondpoint.fr
La Chaise, texte de Florian Parra, mise en scène de Mélanie Leray, Théâtre des Lucioles, à Paris, Théâtre du Rond-Point, jusqu'au 18 février
www.theatredurondpoint.fr


Publié le 2007-01-23

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu
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Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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