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L'art du dessein


focus sur l'appartement 22 à Rabat



Pour le troisième volet de la série Dessins, projets..., consacrée au dessin, L'Appartement 22 à Rabat a choisi, du 16 janvier au 25 février, de montrer de jeunes artistes peu connus du public.


Un peu à contre-courant des modes et des habituels grands circuits de l'art international, ce lieu d'art à Rabat, au Maroc, qui se veut un espace ouvert à la création contemporaine, a eu l'idée d'y proposer, et ce pour la troisième de la série, une exposition collective d'artistes, aux effluves gestuelles, intimes et universelles. Dans la définition même du mot dessin, le praticien, celui qui donne des soins, par analogie avec « l'être-art », donne des soins à soi et au monde, un dialogue possible et souhaitable. Essais et esquisses réussis par le regard et desseins divers de Doa Aly, Liliana Basarab, Keren Benbenisty, Chourouk Hriech, Yasmina Mlik, Younès Rahmoun, Batoul S'himi et Katrin Ströbel. A l'ère de la vidéo et des techniques ultra-modernes, cette exposition est un souffle qui ne répond pas aux modes formelles et se veut hors du temps. Elle nous parle de l'imaginaire et de la projection de soi dans son sens le plus large, malgré l'espace restreint de l'appartement 22.
Rappeler l'importance du geste, de ce mouvement qui évite l'inertie et la stagnation où l'intérêt de l'artiste est de « créer, d'agir et de rester vivant ». A travers cette exposition, l'intention de ces artistes et du curator, est, semble t-il, d'affirmer que l'imagination peut déjouer la matérialité, tout en imposant la justesse de notre relation au monde. Avoir des projets réalisés et des projections pour faire rencontrer une part d'utopie avec la réalité. Un temps de rencontre immuable du geste, désir assouvi de l'artiste, qui fait peau neuve en se délivrant de situations figées.
Le dessin participe ici à redonner corps, redonne sens parfois au mot image, comme le travail de Chourouk Hriech ou Katrin Strobel. Le dessin se veut lié au geste, ce geste artistique « dicté par un imaginaire en correspondance avec ce que l'artiste a pris du monde », déversant sans retenue l'expression de son expérience. Vision d'un monde en relation avec la pensée, une érotisation de la pensée chez Katrin Strobel, qui s'offre dans ce maelstrom d'idées conscientes ou pas. Ou encore, mal déversé dans le corps de l'artiste chez Chourouk Hriech. « Le dessin dit ce temps de vie universelle qui se consume. Cette image est percutante dans ses œuvres (...) qui témoignent de l'humeur du monde. » explique Abdellah Karroum.
Ce besoin méconnu, que nommait Michaux, s'apparente au travail de Keren Benbenisty, Liliana Basarab ou encore Yasmina Mlik. Toutes les trois parlent de la nécessité d'avoir aussi nos propres faiblesses, incontinence de la perfection, de nous-même, pas toujours facile à exprimer, mais que réussit néanmoins Batoul S'himi, refusant les stéréotypes liés au statut de femme-artiste. Le dessein traduit un passage obligé de notre inconscient vers la réalité, aussi peu plaisante soit elle. Mais aussi une confrontation vitale.
Les dessins de ces jeunes artistes ont donc la beauté des bas mondes, une fluidité plus proche de l'émotion, souvent présente chez Younès Rahmoun. Loin de toute expression grossière, d'un mouvement mécanique ou désordonné, voir conditionné, ces artistes ont su « renforcer » le trait du sensible. Opposé à la logique de coopération culturelle internationale, et à la politique paternaliste post-coloniale implacable, cet espace ouvert aux créateurs prouve qu'il est possible d'éviter certaines redites. Dessein avoué ou pas, les artistes existent aussi « pour ce qu'ils sont et non comme des outils pour réparer l'image », selon le commissaire de cette exposition. La situation inédite de ce lieu en Afrique ouvre une 3ème voie, loin, bien loin des velléités d'un discours politique et culturel marocain. Une exposition forte de ses convictions, qui aspire à des « espaces en partage où l'humanité puisse respirer l'air de la convivialité ». Et déjà, s'annoncent d'autres représentations, d'autres devenirs possibles du monde, d'autres projections utopiques...


Programme Dessins, projets..., du 16 janvier au 25 février, à l'appartement 22 à Rabat.
www.appartement22.com


Karine CLAEREN,
Publié le 2007-02-06

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : présentation
Thème(s) : art contemporain, dessin, lieu d'art,
Mot(s) Important(s) : art contemporain, dessin, rabbat,
Artiste(s) : Karine CLAEREN (rédacteur),
Passage(s) : Appartement 22 Rabat ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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