Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Compagnon de route.
Jean-Charles Hue expose à la Fondation Ricard
Tel un passeur d'histoires, Jean-Charles Hue part à la rencontre de communautés marginales, celles des combats de chiens mexicains et des gitans de banlieue parisienne, qu'il filme au plus près de leur réalité. Il présente trois vidéos à la Fondation d'entreprise Ricard.
Jean-Charles Hue n'est pas du genre voyeur. Plutôt observateur, voyageur, portraitiste, voire simple compagnon de route, il cherche avant tout à se « payer une vie » en changeant de peau au gré des communautés qui traversent sa route. Infiltrant celles qui le fascinent, l'artiste, guidé et séduit par l'émotion – l'un de ses principaux faire-valoir de la réalité – se fait passeur d'histoires. De l'histoire de Fred le Gitan et de son basculement après avoir rencontré son ange, ou de celle de Mario le Mexicain amateur de combats de chiens. Mais avant de braquer sa caméra sur ces personnalités marginales, dont il nous expose des tranches de vie dans trois films présentés à la Fondation d'entreprise Ricard, l'artiste prend le temps de les approcher et de s'approprier leur rite et leur vocabulaire. Car il s'agit bien d'arpenter ses propres limites et d'« expérimenter [s]a frontière d'héroïsme » auprès de ceux qu'il a décidé de suivre, quitte à se mettre en danger à plusieurs reprises. Il mettra ainsi sept ans avant de se décider à filmer les Gitans chez qui il s'était d'abord présenté en prétextant, à raison, qu'il cherchait sa famille. De ce lent processus d'appréhension de son sujet, l'artiste revient avec des films documentaires dont il s'exclut volontairement et qu'il formate au plus près de la nécessité de raconter la chose vécue. « Cela prend la forme d'une pyramide, résume-t-il, tu découvres les gens et un milieu jusqu'à accéder à un moment qui va être symptomatique de l'ensemble, qui va condenser le tout, qui va tout dire, tout révéler. » Osant s'écarter de cette réalité qu'il ne cherche ni à épargner ni à enjoliver (mais ne serait-ce ici que pour la consolider ?), il introduit de temps à autre quelques éléments fictionnels, qui cherchent le plus souvent à matérialiser une certaine forme de spiritualité. C'est le cas par exemple de cette tête de chien se dissolvant dans un fond blanc ultra lumineux et dont il ne reste au final que les yeux rouges exorbités. Le symbolisme, l'artiste le manipule avec davantage de maladresse quand il s'agit d'importer dans l'espace d'exposition des objets extraits de leur contexte, arrachés à leur quotidien et à un moment privilégié dont ils peine à témoigner – à l'image de ce collier d'yeux retrouvés dans le coffre d'une BMW volée ou de cette table issue d'une soirée mémorable, durant laquelle l'artiste recevait dans l'axe de la caméra une balle déclenchée par son ami Fred. Cette dernière image, qui donne son titre à l'exposition – Y'a plus d'os – démontre une fois de plus l'aptitude de l'artiste à laisser les choses advenir, tout autant qu'à rester planté là sans frémir. Il s'agit d'un moment de débordement, d'une action absurde et imprévisible, « anormale » précisera-t-il, l'un des ces instants magiques non maîtrisé et fossilisé par la caméra alors même qu'elle tentait de le défier. Une position qui flirte avec « la limite du plan » telle que le caractérisait Patrice Rollet, c'est-à-dire ce qui menace à tout moment de s'effondrer. En fin de compte, Jean-Charles Hue s'attache moins à s'installer du côté du documentaire ou de la fiction qu'à filmer au plus près de la réalité. Contre un format linéaire qui s'épanche, il privilégiera la forme du morcellement et de la condensation, de plongées directes au cœur d'échanges intimes et de l'ellipse – celle qui permet de passer d'un Fred frêle adolescent à un homme de plus de 100 kilos, quelques années plus tard –, d'une forme bancale mais hasardeuse, à l'image de la vie elle-même.
Mathilde Villeneuve
Y'a plus d'os, exposition de Jean-Charles Hue à la Fondation d'entreprise Ricard, Paris. Du 16 janvier au 16 février. Tel. 01 53 30 88 00. www.fondation-entreprise-ricard.com
Mathilde VILLENEUVE,
Publié le 2007-02-06
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu
Thème(s) : documentaire, art contemporain,
Mot(s) Important(s) : vidéo, art contemporain, documentaire,
Artiste(s) : Jean Charles HUE (artiste visuel), Mathilde VILLENEUVE (rédacteur),
Passage(s) : Espace Paul Ricard Paris 75008 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :