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Est-ce ainsi que les hommes voient ?
Journées cinématographiques dyonisiennes à Saint-Denis
Se penchant sur le cas de nos démocraties en pleine crise médiatique, le festival Est-ce ainsi que les hommes vivent ? suit les voies de communication les plus singulières et ouvre, ce faisant, de stimulantes pistes de réflexion.
« Par l'expression Media crisis (crise des médias), j'entends l'irresponsabilité croissante des mass médias audiovisuels et leur impact dévastateur sur l'homme, la société et l'environnement. » Partant de cette définition formulée par le cinéaste anglais Peter Watkins dans son ouvrage Media Crisis, les organisateurs des Journées cinématographiques dionysiennes, septièmes du nom, entreprennent un examen approfondi des rapports, de plus en plus inextricables (et de moins en moins clairs...), entre médias et démocraties. La problématique n'est peut-être pas neuve mais elle trouve ici à s'appuyer sur une programmation particulièrement stimulante. A tout franc-tireur tout honneur, les films de Peter Watkins occupent une place de choix au sein de cette programmation. Outre le fameux Punishment Park (1970), brûlot gauchiste d'une virulence inentamée, et Edward Munch (1973-1976), biographie hors norme du peintre norvégien récemment sortie des oubliettes, sont notamment proposés La Bataille de Culloden (1964) et La Commune (2000), deux approches d'épisodes historiques majeurs refusant de se soumettre aux lois frauduleuses de la reconstitution, mais aussi Force de frappe (1976), tourné au Danemark en prise directe avec un conflit social de grande ampleur, Le Libre Penseur (1994), évocation fleuve (4h30) de la vie et l'œuvre d'August Strindberg, ou encore Les Gladiateurs (1969), film d'anticipation dont la rigueur n'a d'égale que la noirceur.
Aux côtés de Peter Watkins est convoqué Guy Debord, autre opposant notoire à toutes les formes d'asservissement des esprits. Si, depuis leur reprise en salle et leur édition en DVD, les films du principal théoricien de l'Internationale Situationniste ne sont plus nimbés de la même aura de mystère, ils n'ont rien perdu de leur intense pouvoir révélateur. On en pourra juger en les (re)voyant tous, de Hurlements en faveur de Sade (1952) à In girum imus nocte et consumimur igni (1978), et l'on pourra aussi en débattre, à la faveur d'une table ronde animée par Shinegobu Gonzalvez, auteur de Guy Debord ou la beauté du négatif.
Sont également incluses au menu de ces Journées bien remplies diverses formes d'information alternative, voire de contre-information, de la plus potache (Groland) à la plus expérimentale (les transversaux sujets d'actualité réalisés par Philippe Grandrieux dans les années 1980, Godard-Miéville et leur passionnante série Six fois deux, que France 3 diffusa en 1976 non sans prendre la précaution d'avertir les téléspectateurs que « cette émission n'offre pas les caractéristiques habituelles à nos programmes »).
En marge des projections, que le survol sélectif effectué ci-dessus ne dévoile que partiellement, ont lieu plusieurs rencontres et ateliers, dont un atelier d'écriture animé par Chloé Delaume autour de la nauséeuse notion de « temps de cerveau disponible ». Les textes issus de cet atelier seront ensuite mis en ligne sur le site du festival.
Enfin, stratégiquement positionnée dans le hall du cinéma l'Ecran, QG du festival, une vidéo du détonant artiste-performer Yan Duyvendak devrait à n'en pas douter taper dans plus d'un œil.
Jérôme Provençal
Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, 7es journées cinématographiques dyonisiennes du 7 au 13 février au cinéma L'Ecran, Saint-Denis M° Basilique de Saint-Denis. Tél. 01 42 43 20 79 www.mediacrisis.fr
Jérôme PROVENÇAL,
Publié le 2007-02-06
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : présentation
Thème(s) : médias, cinéma, histoire,
Mot(s) Important(s) : média, démocratie, cinéma, engagement,
Artiste(s) : Peter WATKINS (réalisateur), Jérôme PROVENÇAL (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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