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La culture aux abonnés absent ?


Elections 2007 : morne campagne



65% des Français affirment accorder de l'importance aux propositions quant aux enjeux de la culture. Pour autant, cela ne fait guère débat à l'approche de l'élection présidentielle.


Dans les chaumières, les cafés et les bureaux – jusqu'en ceux de Mouvement –, ça discute fort pour savoir ce que le mois d'avril nous réserve, et pour qui vas-tu voter camarade ? Et dans les chaumières, les cafés et les bureaux, un même constat s'impose : c'est pas brillant. Selon un sondage récemment paru dans Le Figaro, 71 % des Français jugent la campagne électorale décevante. Il faut dire que les escarmouches du duel Sarko-Ségo, programmé à l'avance par les médias, sont arrivées à overdose. La pièce ne passionne plus grand monde pour de vrai. Les volte-faces du seigneur de Neuilly et de la Place Beauveau en disent long sur la dangereuse versatilité du personnage : hier prônant la « rupture », aujourd'hui soutenu par la quasi-totalité de la Chiraquie plénipotentiaire, il rêve d'être enfin adoubé par le vieux chef de meute himself. Ce type-là, Sarkozy, a de toute évidence un problème de reconnaissance paternelle. Mais alors, ce fils de... aurait-il, quoiqu'il puisse se dépenser en rodomontades, avoir l'autorité nécessaire pour conduire la Nation ? On craint le pire. Entre autorité et autoritarisme (l'autoritarisme comme palliatif à un défaut d'auteur -autorité ?), il y a un gouffre que seule la psychanalyse peut expliquer.
De l'autre côté, la princesse du Poitou, et ex-madone providentielle de la tribu des socialistes, semble ramer à contre-courant. Cette « femme debout », ainsi qu'elle s'est auto-désignée aux Antilles, a beau proclamer que « la victoire est irrésistible », elle fait mystérieusement tout ce qu'il faut pour ne pas y arriver. De « bourde » en faux pas, elle donne l'impression de naviguer à vue sur l'océan des « débats participatifs », improvisant un programme dont on ne connaît toujours pas la teneur. Seule certitude, confirmée par « l'accrochage » avec François Hollande sur la question des impôts ou encore par sa prise de position sur les 35 heures : le programme socialiste n'est déjà plus son propre programme. Curieux parti politique qui envoie à la candidature suprême une postulante qui, sitôt élue par l'assemblée des militants, s'affranchit du programme qui les réunit ! Curieux symptôme de répétition, qui amène Ségolène Royal à mettre ses pas dans ceux de Lionel Jospin, lequel assurait que son projet n'était pas socialiste, mais moderne...
Même le peuple des enseignants, majoritairement acquis à la cause socialiste, commence à vaciller sur ses bases, à force d'être si peu considéré. Dans les milieux culturels, traditionnellement ancrés à gauche, on sent frémir pareille débandade. A l'exception de quelques stars douteuses (Doc Gynéco, Johnny Halliday, Pascal Sevran...) et d'un ex-maoïste reconverti au pragmatisme le plus plan-plan (André Glucksman), Nicolas Sarkozy sait qu'il ne peut nourrir grand espoir de ralliement. Ségolène Royal, quant à elle, se soucie comme d'une guigne de la puissance de voix que peut représenter la sphère culturelle. On attend en vain quelque chose qui ait l'allure d'un programme. L'un de ses conseillers, Christophe Girard, adjoint à la Culture à la Ville de Paris, lui a fait récemment passer une note à ce sujet, que nous avons pu nous procurer. Le constat y est sévère, mais lucide : « Difficulté de distinguer une politique culturelle de gauche d'une politique culturelle de droite, essoufflement du ministère de la Culture, sclérose budgétaire et incapacité à intégrer les nouveaux enjeux, quasi inexistence de la culture dans le programme du PS pour la campagne en cours, signe d'une crise de réflexion profonde des enjeux qu'elle sous-tend », etc.
Pour « refaire de la culture un enjeu de société », certains des « moyens à mettre en œuvre » que propose Christophe Girard ne sont certes pas dépourvus d'intérêt , mais seront-ils suffisants pour bâtir l'ossature d'un programme offensif et déterminé en matière de politique culturelle ? On craint que non. Et Ségolène Royale est encore loin du compte. A preuve, cette « interview ratée » sur la culture, avec Télérama, dont se faisait écho Le Monde (31/01/2007) : « La candidate socialiste n'étant pas prête à répondre à toutes les questions, la rencontre a tourné court. Un nouveau rendez-vous a dû être repris avec l'hebdomadaire. Pour certains, cette anecdote est révélatrice du trouble de sa campagne »...

Soyons justes. Il n'est pas vrai que les principaux prétendants à l'exception présidentielle n'aient jamais rien dit sur la culture. Un site Internet tout spécialement créé par la SACD (www.2007culture.org) donne même accès à quelques-uns de leurs principaux discours sur le sujet. La lecture en est fort instructive. Mais la culture est néanmoins, et restera sans doute très largement absente du débat électoral. Pourtant, dans un sondage commandé par Arte et France Culture en décembre dernier, 65% des Français affirmaient accorder de l'importance aux propositions quant aux enjeux de la culture. Un « score » aussi important que celui atteint par les sujets de politique étrangère. C'est dire... Mais doit-on s'en rassurer ou s'en inquiéter ? La politique étrangère de la France fait-elle davantage débat dans la campagne électorale en cours ?

Jean-Marc Adolphe


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2007-02-06

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : édito
Thème(s) : politique culturelle, presse, election, culture,
Mot(s) Important(s) : culture, élection, programme, politique culturelle,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Nicolas SARKOZY (politique), Ségolène ROYAL (politique),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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