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Autour d'EDNA
La danse regagne le Nord
Pendant la semaine du 12 au 17 février, le Vivat d'Armentières, Danse à Lille-CDC, Latitudes contemporaines et la Malterie s'associent pour accueillir Boris Charmatz et l'association EDNA. .A cette occasion, petit panorama de la danse dans le Nord.
Il semble que se lève sur la région un vent nouveau. La morosité a longtemps été la couleur à la mode, mais peut-être depuis que Lille a été promu en 2004 « capitale européenne de la culture », la tendance semble changer. La distinction n'étant valable qu'un an (chacun son tour), voyons comment l'art peut fleurir après que la culture soit passé par là, après le barnum médiatique et toc, dont soit dit en passant, la métropole lilloise semble s'être fait une spécialité (cf. le éléphants en plastoc de Lille 3000). Depuis, Carolyn Carlson a pris la tête du centre chorégraphique national (CCN) et même si cela n'annonce pas de révolution en perspective, au moins cela redonnera un peu de vie à une institution jusqu'alors totalement moribonde. L'Opéra, en travaux depuis de nombreuses années, a rouvert ses portes et a choisi pour ce nouveau départ Christian Rizzo comme artiste associé, choix tout de même osé. Le chorégraphe prévoirait même d'installer définitivement sa compagnie dans la région.
Mais, si l'on peut réellement parler de nouvelle dynamique, cela tient avant tout à l'effort conjoint de différentes structures, plus ou moins importantes ou institutionnelles mais toutes portées par un goût du risque ou du moins une envie de proposer des choses différentes. A l'occasion d'une mini rétrospective autour de l'Association EDNA (compagnie de Boris Charmatz), plusieurs d'entre elles ont choisi de travailler en réseau, afin d'unir leur force et de pouvoir afficher une plus grande visibilité.
S'il existe un lieu qui depuis des années fait dans l'ombre un travail digne du plus grand respect, par sa régularité et sa (trop?) grande discrétion, c'est sans aucun doute l'Espace P.P. Pasolini de Valenciennes. En guise de prélude, en novembre dernier, les spectateurs du festival « Lignes de Corps » avait eu l'occasion de revoir une des premières pièces de Boris Charmatz, en collaboration avec Dimitri Chamblas, A bras le corps, qui confronte intelligemment le public à la question de la virtuosité et qui en 1993 annonçait en creux la danse de la décennie naissante. Présenter des petites formes ou des pièces peu vues d'artistes reconnus (Jérôme Bel ou Xavier Le Roy) ou permettre au public de voir le travail d'artistes trop rares (Juan Dominguez ou Lisa Nelson) étaient quelques uns des challenges de la dernière édition du festival.
Autre reprise, d'une pièce plus connue, qui a, en son temps, marqué les esprits : AATT ENEN TIONON (proposé par le Vivatwww.levivat.net
, mais au Gymnase à Roubaix, le 17 février), un trio, où le risque et la physicalité sont les matières constitutives de la pièce, mais où le dispositif scénographique, une tour constituée de trois plate-formes, et l'absence de dramaturgie autre que celle de la répétition infinie, met une fois de plus en crise les corps trop évidents de la danse. Progamme court avec essorage, présenté la veille (le 16), explore un territoire très proche, où les danseurs (Charmatz et Julia Cima), chacun isolés, sont en lutte perpétuelle avec le dispositif élaboré par le plasticien Gilles Touyard. Le Vivat est sans aucun doute la scène institutionnelle la plus intéressante au nord de Paris, offrant à l'intérieur d'une programmation éclectique une grande visibilité à des oeuvres pointues (on y a vu Grand Magasin, Marco Berrettini etc...), notamment grâce au festival « Vivat la danse », cette année du 8 au 17 février. A noter aussi, le Vivat accompagne le travail du jeune chorégraphe portugais Tiago Guedes qui est artiste associé durant trois ans.
Le solo, plus récent, de Julia Cima, Visitations, quant à lui se présente sous la forme plus classique, quoique inédite en danse contemporaine d'un spectacle d'interprète, d'un florilège pourrait-on dire. Julia Cima ne signe pas les danses qu'elle donne à voir, mais les choisit, les organise, crée une dramaturgie et, à l'instar du Quatuor Albrecht Knust, pose la question de lé reconstitution et de l'héritage en danse contemporaine, où les spectacle survivent rarement à leur création originale. C'est le CDC / Danse à Lille www.dansealille.com
qui proposera ce spectacle. Notons que la région est l'une des rares à disposer à la fois d'un CCN et d'un CDC ! Outre une programmation sporadique (faute de locaux) et un festival dédié aux jeunes chorégraphes « Les Repérages », Danse à Lille est peut être le seul endroit de la région à proposer des cours et des stages professionnels.
La question de la formation est sans aucun doute le problème crucial, car si la région commence à accueillir bons nombre d'artistes importants, ceux-ci ne sont souvent que de passage. Seul le Fresnoy (dirigé par Alain Fleischer), à Tourcoing, dont le statut novateur, entre résidence et école, en fait depuis de nombreuses années une structure de pointe, attire des artistes du monde entier, mais sa vocation pluridisciplinaire n'est pas vraiment centré sur la danse. A ce sujet, la rencontre organisé par la Malterie (le 12) www.lamalterie.com
autour du projet « Bocal » apportera donc, si ce n'est des réponses, du moins de judicieuses questions.
La danse a véhiculé nombre d'utopies au cours du vingtième siècle. Mais la plus importante et celle qui signe l'acte fondateur de sa modernité est sans aucun doute liée à l'éducation et par extension au questionnement de l'organisation des groupes. D'Isadora Duncan à Rudolf Laban, pour les pionniers, jusqu'à la danse post modern américaine, redite du même modèle mais où la figure de l'autorité était gommé. Nul doute que Boris Chamatz a été traversé par cette héritage quand il a voulu se lancer dans « l'aventure Bocal » (c'est devenu l'expression consacrée). Bocal était à la fois une école nomade et expérimentale en même temps qu'un groupe de recherche sur l'idée même d'école. Sans lendemain, cette expérience n'a pas encore vraiment eu d'échos dans les institutions pédagogiques. Espérons toutefois qu'elle est encore assez vivante dans les esprits pour aboutir à de nouveaux modèles, non seulement d'éducation, mais aussi de collectifs, de projets de groupes. Estimant longtemps n'avoir pas assez de recul pour bien parler de cette expérience, Boris Charmatz essaiera donc presque trois ans après de faire le point sur ce prototype.
La Malterie, connu du public lillois comme un lieu phare de la musique expérimentale et alternative, accueille en ses murs depuis longtemps déjà des résidences d'artistes. Mais ce n'est depuis peu que l'immense plateau de 300 m2 s'ouvre à des projets chorégraphiques (Christian Rizzo participe d'ailleurs à la direction artistique), destinés à une création ultérieure ou bien à l'état de chantiers, de projets de recherche, en essayant de rendre visible au public des formes non spectaculaires.
La soirée du 12 se poursuivra au Fresnoy avec la projection du film de César Vayssié Les Disparates, d'après une chorégraphie de Charmatz et Chamblas. Le film sera accompagné d'une rencontre entre Boris Charmatz et François Frimat, président des « Lattitudes Contemporaines » www.latitudescontemporaines.org
. Après avoir (enfin) doté la métropole Lilloise d'un festival d'envergure, les « Latitudes Contemporaines » ont évolué parallèlement en société de production, soutenant des artistes comme Benoît Lachambre, Heine Rosdal Avdal ou Marco Berrettini.
On le voit, la région est doté d'un réseau aux pôles complémentaires et pointus, d'une rare richesse. Encore jeune toutefois (« Lattitudes Contemporaines » n'a pas encore atteint l'âge de raison, la Malterie est balbutiante), on ne sait exactement quels en seront les développement ultérieurs, mais il sera difficile maintenant d'ignorer ce qui se passe au nord de Paris.
Florent Delval
Autour de BOCAL (rencontre) lundi 12 février 16h à la Malterie à lille.
Autour des Disparates(rencontre + projection) le lundi 12 février 19h au Fresnoy de Tourcoing.
Visitations de Julia Cima, les mardis 13 et mercredis 14 février à 20h30 au Gymnase de Roubaix
Programme court avec essorage, le vendredi 16 février 20h à La Coop, Armentières
AATT ENEN TIONON, le samedi 17 février 20h au Gymnase de Roubaix
Publié le 2007-02-07
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : enquête
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Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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