Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Un regard à construire sur l'Ethiopie
«Fronde Ethiopia»
Des corps se construisent pour et par la rencontre. Mais pas la pièce.
C'est un projet au long cours que le chorégraphe français Sylvain Prunenec et sa compagnie conduisent en Ethiopie, auprès de jeunes danseurs en formation. Créée à Montpellier Danse 02, la pièce Fronde Ethiopia en constitue la seconde concrétisation sur scène. On n'est pas là dans le domaine du stage ponctuel, mais bien de la recherche d'un langage chorégraphique neuf et commun.
Issu de processus d'improvisation, et purement contemporain, ce langage n'en est pas moins nourri de sensations et d'énergies propres à l'Ethiopie, permettant de réunir de riches et belles matières.
Il en est ainsi de la trace profonde laissée sur le plateau par les danses d'Afrique de l'est, qui affolent de vibrations la ceinture des épaules, heurtent le cou, fouettent la tête en saccade. De même la fantastique énergie des élancements dans les courses, intelligemment inversée dans cette pièce, où l'on tente de retenir ces départs en boulets de canon, sinon de recevoir d'incroyables arrivées en se bondissant l'un sur l'autre à hauteur d'épaules.
Certaines figures ressortent plutôt de l'évocation, tels ces démarches de chiens hantant les nuits de tiers-monde; ou bien de saisissants portés, par les filles, de leurs grands gaillards de compagnons tout enroulés étrangement autour de leurs épaules (le chorégraphe évoque ces femmes ployées sous de monstrueux fardeaux de bois qu'elles vont ramasser à l'orée des villes).
Nombreux et variés sont ces riches motifs, inventifs et singuliers, qui favorisent la pleine valorisation des interprètes, au premier rang desquels Addisu Demissie, dont l'incroyable corps sans fin défie l'espace avec autant de preuves de scrupuleuse exactitude que de fière liberté. Celui-ci restera l'une des découvertes irréfutables de Montpellier Danse 02.
En revanche décousue, capricieuse, renonçant à maîtriser le temps comme à stabiliser le groupe, la conception d'ensemble de la pièce souligne dangereusement les disparités entre interprètes comme entre séquences, et finit par enliser l'attention. Injustifiée sous cette forme, la projection d'un film vient suspendre la représentation, et semer le doute sur le degré d'exotisme du regard ici porté sur l'Ethiopie.
Ambitieuse, la relation ici investie reste à construire.
Gérard MAYEN,
Publié le 2002-07-11
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : Afrique, métissage, transmission, vidéo,
Artiste(s) : Sylvain PRUNENEC (chorégraphe), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :