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Les grandes œuvres de l'esprit


Le droit à la création selon Nicolas Sarkozy.



Devant l'Université d'été des jeunes populaires UMP, le 3 septembre 2006 à Marseille, dans un discours jusqu'ici peu diffusé, Nicolas Sarkozy proposait « une société de créateurs et d'entrepreneurs » ; une société où l'esprit sportif remplacerait « l'éducation physique ».


Devant l'Université d'été des jeunes populaires UMP, le 3 septembre 2006 à Marseille, dans un discours jusqu'ici peu diffusé, Nicolas Sarkozy proposait « une société de créateurs et d'entrepreneurs » ; une société où l'esprit sportif remplacerait « l'éducation physique ».

Sur le site officiel de Nicolas Sarkozy (www.sarkozy.fr), pas un mot sur la culture. Et à notre connaissance, le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle ne s'est pas récemment exprimé sur le sujet. Certaines de ses déclarations les plus intéressantes en la matière datent de janvier 2006 et de septembre 2006.
Le 24 janvier 2006, en clôture d'une Convention de l'UMP sur la culture (http://www.2007culture.org/candidats/sarkozy/dscoursconventionculture.pdf), Nicolas Sarkozy indiquait : « Ce que notre culture demande, c'est que l'on arrête de la payer de mots. Mettre en place une éducation artistique à l'école, restructurer et dynamiser le réseau des centres culturels à l'étranger, faire de la France un pays d'accueil pour les élites universitaires étrangères, rétablir Paris comme capitale des arts, clarifier le mode d'attribution des aides, réorienter la politique culturelle vers le public et vers les artistes, qui peut dire que c'est politiquement impossible ? »

Nicolas Sarkozy affirmait alors : « La démocratisation de l'accès à la culture est l'échec incontesté de nos politiques culturelles depuis 50 ans. Il faut engager un vrai programme d'éducation culturelle et artistique à l'école. Ce programme doit reposer sur quatre priorités :
- premièrement, le renforcement des matières fondamentales et les choix des pédagogies efficaces, parce que les bases de la culture se trouvent dans la langue française, la lecture des grands auteurs, la connaissance chronologique de l'histoire, et donc celle de l'histoire des arts ;
- deuxièmement, une plus grande exigence dans les cours d'initiation aux pratiques artistiques et le développement des pratiques collectives qui créent de la cohésion entre les élèves et donnent du plaisir ;
- troisièmement, la mise en relation systématique des établissements scolaires avec les conservatoires et les écoles des beaux-arts, pour que chaque famille soit informée des opportunités existantes ;
- quatrièmement, l'ouverture des établissements supérieurs d'enseignement, en particulier les grandes écoles, à des étudiants ayant un parcours artistique d'exception, afin de diversifier le profil de nos élites.
L'école et les médias sont les deux leviers principaux de la démocratisation culturelle et de la diffusion de notre culture dans le monde. Pouvons-nous continuer à avoir des structures ministérielles aussi éclatées ? Je ne le crois pas. Il faut regrouper la direction des médias, le ministère de la culture et l'Education nationale sous l'égide d'un seul ministère. Grâce à cela, la culture bénéficiera d'un budget renforcé, de capacités stratégiques supérieures et son poids politique sera incontournable ».

Il ajoutait encore : « Démocratiser, c'est aussi rapprocher le public de la création contemporaine.
Les aides à la création sont indispensables pour déceler de nouveaux talents, assurer le renouvellement des styles, permettre l'expression et la diffusion des oeuvres difficiles. Académisme officiel, « Académies invisibles », aucun système d'attribution des aides n'est idéal. Admettons toutefois que le modernisme et la nouveauté ne sont pas les seuls critères de l'esthétique, que l'on est allé trop loin dans certains domaines, qu'une partie du public a été perdu au passage et que les artistes eux-mêmes ont parfois du mal à se reconnaître dans la politique culturelle de leur propre pays.
Le modèle des aides sélectives au cinéma, qui sont attribuées par des commissions indépendantes composées de professionnels et de représentants du public, a fait ses preuves. Il faut confier l'attribution des aides à la création et des budgets du spectacle vivant à des agences indépendantes composées en priorité d'artistes, de professionnels et de représentants du public. En contrepartie, le gouvernement doit fixer des objectifs d'intérêt général à ces aides, en particulier pour celles qui sont renouvelables : par exemple, des objectifs en termes de diversité, de publics visés, et de succès auprès du public. Le succès ne peut pas être l'unique critère d'attribution des aides, mais le fait de faire salle vide n'a pas non plus vocation à être la seule référence. »

Dans un second discours, tenu lors de l'Université d'été des jeunes populaires UMP , à Marseile, le 3 septembre 2006, Nicolas Sarkozy revenait sur le rôle de l'enseignement : « L'école est là pour vous donner les moyens de penser par vous-même, pour vous mettre en contact avec les plus grandes œuvres de l'esprit, pour vous apprendre à faire la différence entre Madame Bovary et un compte-rendu de fait-divers dans un journal, entre Antigone et Harry Potter. Après, vous lirez ce que vous voudrez.
La démocratisation de la culture c'est se donner les moyens de faire comprendre et aimer Sophocle, Shakespeare ou Racine au plus grand nombre. Ce n'est pas supprimer Sophocle, Shakespeare ou Racine des programmes pour qu'un plus grand nombre d'élèves puisse suivre plus facilement. Ce n'est pas alléger le programme de mathématiques pour faciliter la vie de ceux qui doivent faire un effort. C'est faire aimer et comprendre les mathématiques même à ceux qu'elles rebutent.
La démocratisation de la culture c'est qu'un nombre de plus en plus grand de jeunes s'engage dans la vie avec dans la tête des notions de science et d'humanité qui leur permettront de se comprendre et de comprendre le monde.
C'est qu'un nombre de plus en plus grand de jeunes affrontent l'existence avec l'esprit ouvert pour accueillir toute la beauté du monde et les moyens d'exprimer ce qu'ils éprouvent.
(...) Vous ne perdrez jamais votre temps avec les grandes œuvres de l'esprit. Elles auront toujours quelque chose à vous inspirer. Vous ne perdrez jamais votre temps avec les peintres, les poètes et les musiciens parce que les peintres, les poètes et les musiciens vous feront voir la beauté des choses. Ils vous apprendront à exprimer l'indicible.
Vous ne perdrez jamais votre temps avec les savants et les philosophes. Ils vous apprendront à chercher votre vérité.
Mais je veux construire une école qui n'opposera pas le corps et l'esprit et qui ne confondra pas le sport avec l'éducation physique. Je veux construire une école où le sport sera considéré comme une discipline fondamentale parce que le sport est une morale de l'effort et une éthique. Parce que le sport c'est le dépassement de soi et le respect des autres.
Je veux construire une école où la culture technique sera partie intégrante de la culture générale et qui fera découvrir aux élèves les cultures et les métiers de l'artisanat pour que chacun puisse choisir sa voie en fonction de ses goûts et pas seulement à travers la sélection par l'échec. »

Un peu plus loin, Nicolas Sarkozy précisait sa pensée en matière de « droit à la création » :
« Le cinquième droit nouveau que je vous propose, c'est le droit à la création. Vous voulez être des créateurs ! Je veux vous donner les moyens de réaliser vos projets parce qu'ils portent en eux le monde de demain. Je vous propose de construire une société de créateurs et d'entrepreneurs. Je vous propose que chaque université soit dotée d'un dispositif d'aide à la création d'entreprise. Je vous propose que les projets à buts non lucratifs soient autant soutenus que les projets à buts lucratifs. Je vous propose que des écoles de projets vous aident à réaliser vos ambitions. Je vous propose de développer le micro crédit pour financer les micros projets. Je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro, parce que l'intérêt c'est le prix du temps, parce qu'un taux zéro c'est un acte de foi dans l'avenir.
Malraux voulait créer partout des Maisons de la culture pour mettre la culture à la portée de chacun. Dans notre époque où c'est l'intelligence collective qui enfante l'avenir, où c'est le métissage des cultures et des idées, le mélange, le brassage qui est la principale force de création dans tous les domaines, je propose de créer partout des Maisons des créateurs où se retrouveront tous ceux qui aspirent à inventer, à créer, à entreprendre dans tous les domaines, où ils pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations, des aides, mais aussi où ils échangeront, où ils croiseront leurs expériences, leurs idées, leurs projets, où ils formeront des projets communs, où ils inventeront ensemble l'avenir. »



Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2007-02-20

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse
Thème(s) : emploi culturel, éducation culturelle, politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : programme, politique culturelle,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Nicolas SARKOZY (homme politique),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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