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Que reste t-il de l'expédition ?
« Expéditions », à la Galerie de Noisy le Sec
La Galerie à Noisy le sec, le temps d'une exposition, parcourt et interroge les motivations des explorateurs, l'occasion aussi d'aborder cette «terra incognita » pas seulement du point de vue du déplacement physique et géographique, mais dans cette idée de quête et d'introspection.
Dans notre imaginaire collectif, notre histoire, l'expédition a été souvent liée à cette soif de conquête, de découverte, jusqu'à la négation de l'autre. Que reste t-il à découvrir aujourd'hui ? Quelles sont nos quêtes et nos zones d'exploration?
Cette expérience, cette expédition comme processus d'apprentissage de soi-même, du monde, de l'Histoire ou de la matière, Dove Allouche, Simon Boudvin et Mathieu Kleyebe Abonnenc y répondent chacun à leur manière. A l'instar d'un Marco Polo, ils rendent compte d'un monde visible, ce fameux « orbis sensualium pictus ».
L'ensemble de 13 cibachromes, présentées par Dove Allouche, sont un retour vers les lieux d'un film de Tarkovski, réalisé en 1979, Stalker. Dans une sorte de bis repetita, 27 ans après, Dove Allouche, revient vers cet espace à Tallinn, vers les même paysages filmés, vers cette géographie abstraite qu'a définit Tarkovski dans son film : la Zone. Sur place, rien n'a changé, même paysage, mêmes bâtiments, édifices, alimentant cette idée du « temps scellé » dont parle Kirilov, l'un des personnages des Possédés de Dostoïesvski : « Lorsque l'homme tout entier aura atteint le bonheur, il n'y aura plus de temps, parce qu'il sera devenu inutile. Une idée très juste. »
Cette quête d'un territoire est, chez Dove Allouche, une approche du mystère qui passe par le mouvement et surtout l'Art de se mouvoir, le questionnement de dépassement sur la condition humaine, une tentative d'approcher furtivement cette notion d'absolu, déployée ici dans la sphère du visible.
Les œuvres de Mathieu Kleyebe Abonnenc interrogent les interfaces d'une histoire coloniale et d'une mémoire collective oubliée. Avec Paysage de traite, 2005, ce dessin au feutre, tel un négatif photo aux troncs et arbres tourmentés, réactualise un moment de l'Histoire, et re-construit ces zones vierges de la colonisation. Quête vers une absence de faits qui doit être restituée...Ici, l'artiste n'essaye pas de faire croire à quelque chose, mais bien de « mettre les gens dans une situation ou ils vont suspecter que quelque chose leur échappe dans ce qu'on leur montre. La réponse est toujours dans l'œuvre, il suffit d'avoir envie de lire. » Préférant multiplier les points de vue de cette mémoire collective qui nous permettent de l'appréhender, l'artiste s'attache à vouloir « circuler dans cette mémoire qui permet de ne pas se faire broyer par les appareils idéologiques qui la construisent. » Sans jamais prendre en otage le spectateur, l'artiste joue entre les représentations collectives des événements et les ressentis intimes de l'individu. Le monde visible de Mathieu Kleyebe Abonnenc est un monde connu que l'on aurait doublé, à l'image des ingénieurs du son jamaïcains inventant le dub, « en créant des troués dans des morceaux de musique déja enregistrés, leur donnant ainsi une vie nouvelle. On pourrait dire que mes paysages sont dépeuplés, mais je préfère penser qu'ils sont en attente d'un peuple à venir. Pour prendre le titre d'un disque d'Ornette Coleman, "tomorrow is the question". De quoi allons nous le remplir?? »
Voyage au cœur du minéral, le travail de Simon Boudvin s'intéresse au cycle de la construction à la déconstruction des matériaux. Son installation à la Galerie présente un plafond de graviers et une série de photographies de carrières. Selon lui, chaque espace construit correspond « un frère caché en creux ailleurs. L'activité humaine consiste à labourer, retourner la terre, autant en créant des vides souterrains que pour créer d'autres bulles en surfaces, pour voir ce qui est en surface. » A contre-courant des modes qui considèrent l'architecture comme un mouvement organique ou les bâtiments poussent comme des plantes, Simon Boudvin s'attarde sur le mythe de Sysiphe dans ces recherches artistiques. Aller voir l'invu dans ces carrières souterraines, paradigme de la découverte de l'art ? L'artiste part toujours de quelque chose, ce point de départ avec la matière témoigne de ce que l'activité humaine a fait, de ce qu'elle réalise, de sa présence partout. L'expédition comme processus d'apprentissage est aussi une introspection, cette action de défricher des territoires inconnus intérieurs, mais aussi, chez Simon Boudvin, d'appréhender la manière dont « je » regarde le monde, dont « nous » regardons le monde...
Expéditions, par Dove Allouche, Simon Boudvin, Tacita Dean, Mathieu Kleyebe Abonnenc, Joachim Koester, Daniel Roth, Hans Schabus, Laurent Tixador & Abraham Poincheval, 10 mars au 12 mai 2007, vernissage vendredi 9 mars, de 18 h à 21 h, à la Galerie de Noisy-Le-Sec. Tél. 01 49 42 67 17
Karine CLAEREN,
Publié le 2007-03-05
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu
Thème(s) : art visuel, exposition,
Mot(s) Important(s) : art plastique, art contemporain, expédition,
Artiste(s) : Karine CLAEREN (rédacteur),
Passage(s) : La galerie Noisy-le-Sec 93130 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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