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L'obsession d'aimer


A New York, un spectacle-performance de Miranda July



Au travers d'un spectacle interactif, la cinéaste et performeuse américaine met en scène et en images un couple au bord de la rupture. Entre vulnérabilité et doute, Things we don't understand and definitely are not going to talk about a créé l'engouement chez les jeunes New-Yorkais.


New York (correspondance).
Soir d'ouverture, pas une seule place libre dans la salle du théâtre. Les spectateurs, en majorité de moins de 30 ans, attendent avec impatience. « Je l'ai connu par YouTube », commente un jeune homme. Depuis que son premier film (Toi, moi et tous les autres) a remporté la caméra d'Or à Cannes en 2005, Miranda July ne sait plus où donner du chef. La réalisatrice, comédienne, auteur de 33 ans est en photo dans le New York Times magazine, publie ses nouvelles dans le New Yorker et se produit avec succès sur les deux côtes américaines.
« Qu'est ce qui fait que deux personnes demeurent en couple ? » Miranda July vient d'entrer sur une scène vide, devant un écran, et a posé sa question. Le ton est neutre, la comédienne joue peut-être déjà un rôle, ou peut-être seulement le sien ; le spectacle en tout cas n'a pas officiellement débuté. Miranda July n'est pas en quête de réponses précises. Pendant l'heure qui suivra, c'est par touches, avec un talent d'écrivain, qu'elle évoquera la manière dont se creuse péniblement l'espace entre deux êtres quand l'un d'eux se met à douter. « D'insignifiantes raisons les poussent à rester ensemble, des raisons qui, viendraient-elles à leur être révélées, seraient sans conteste niées », poursuit l'artiste avant de donner ses instructions.
Car le public n'est pas ici observateur ; il participe avec d'ailleurs un surprenant enthousiasme. Les spectateurs, hommes et femmes, lisent respectivement en choeur certaines lignes de dialogues qui s'affichent sur l'écran. Miranda July a choisi, dans la salle, un « vrai » couple et un « vrai » homme, troisième élément du triangle amoureux de l'histoire fictive. Ces trois « vrais » gens, parfois filmés en coulisse et projetés sur l'écran, parfois donnant la réplique à la comédienne en lisant, deviennent illustrations comme dans un livre d'images vivantes. Et leur timide participation, dénuée de professionnalisme, donne l'illusion de l'encore plus vrai.
Un couple donc, un homme et une femme -qu'incarnera Miranda en changeant juste de t-shirt- et l'attirance de celle-ci pour un inconnu. De là, il sera question d'abandon, d'obsession pour l'être inaccessible, de petits jeux pour tromper la douleur et fuir dans l'imaginaire. On se moquera sans débordements des coquetteries de l'amour, sur fond de relents d'enfance et d'histoires de chat qui parfois friseront une gentille naïveté. On louera les possibilités infinies et les vertus rassurantes de l'amour, en dépit de cette « peur de n'être rien, de ne rien vouloir, de ne rien sentir », le tout reposant en équilibre sur l'envoûtante présence sur scène de Miranda July. La jeune femme au regard étrangement large, parvient à utiliser son corps mince et indolent, à économiser ses gestes pour donner pleine ampleur à sa voix particulière qui interpelle sans excès.
Miranda July est pleine d'idées, des idées à effet immédiat, des idées nombreuses mais isolées. Enfilées sur une trame narrative linéaire, il leur manque un centre vers lequel s'orienter. Leur enchaînement pourrait s'apparenter à celui de pages web consultées selon un ordre aléatoire dicté seulement par le désir du moment. En sortie, on se rappelle un sourire, une légère émotion, on se rappelle avoir été touché un instant par le passage trop bref d'une sensation. Et puis...L'art de Miranda July est séduisant, empreint d'une superficialité d'époque. Mais son originalité atteste bien de la naissance d'un style.

Céline Curiol

Things we don't understand and definitely are not going to talk about (Ces choses que nous ne comprenons pas et dont nous n'allons certainement pas parler ). ms. et performance Miranda July. Musique Jon Brion, a été présenté à The Kitchen (New York), au Steve Allen Theater (Los Angeles) et au Project Theater Artaud (San Francisco).


Céline CURIOL,
Publié le 2007-03-05

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre, performance, vidéo,
Mot(s) Important(s) : théâtre, vidéo, performance, amour, rupture,
Artiste(s) : Céline CURIOL (rédacteur), Miranda JULY (performeur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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