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Panne de transmission


«Kaash, (if...)»



La dernière création du jeune chorégraphe indo-britannique frise la caricature d'un emballement irréfléchi vers le succès.


Il faut d'abord régler un point : lassé par les formes très cérébrales que lui offrent le plus souvent la danse contemporaine, le public de Montpellier Danse 02 a réservé un très beau succès à la pièce Kaash, (if…), dernière création du jeune chorégraphe anglais d'origine bengalaise Akram Khan. C'est un fait.
Sur le plateau, on a retrouvé le magnétisme de ce garçon, comme l'extraordinaire précision, mêlée d'aisance et de souplesse, de sa danse. On le sait formé au katakh, danse classique indienne, depuis son plus jeune âge ; mais également gourmand de voler à la rencontre de son temps.
Son invention d'un katakh contemporain (selon sa propre expression) rappelle cette donnée propre à la danse d'aujourd'hui, qui la veut métissée de cultures diverses, mais le plus souvent mixée aussi d'héritages de divers âges historiques de la danse, le classique en particulier, fût-il dans son cas importé du bout du monde.
On ne peut donc se contenter de taxer son travail de «danse au kilomètre» (selon une formulation critique fort en cour). Akram Khan est un danseur passionnant, et sa réflexion n'est pas mince, qui recherche dans la rigueur géométrique, comme la structure mathématique de la danse indienne, les passerelles vers une expression compatible avec les formes contemporaines occidentales. On lui trouve là une densité saisissante, et finalement une vraie liberté, que lui autorisent son intelligence et sa maîtrise (sans parler de sa personnalité rayonnante). Dans ce cas on dira : vive la danse avec des kilomètres.
Le contraste est donc redoutable avec les quatre interprètes qu'il a réunis autour de lui pour Kaash (if…), frôlant constamment la caricature, de la danse katakh, comme de la danse contemporaine ; celle-ci comprise le plus souvent comme une composition hyper énergique et survoltée, produisant un effet de plaquage et d'artifice, ignorant toute notion de qualité de présence, sans parler de profondeur, encore moins de nuance, et évidemment pas de questionnement.
Le dessin est cassant, la figure symétrique, le tonus épuisant ; le sens fragile et l'exécution expéditive.
Plusieurs questions se trouvent ainsi ouvertes. Akram Khan fait-il partie de ces danseurs hors pair, mentalement taillés pour le solo de chorégraphe-interprète, montrant toute leur limite dès qu'ils doivent écrire pour d'autres qu'eux-mêmes. On ne le pense pas forcément, car une précédente de ses pièces, Rush, était déjà un trio, et ne montrait pas d'aussi terribles lacunes.
Alors, est-ce que le katakh lui-même ne peut se transmettre qu'au prix de très longues années de formation, voire se réserver aux seuls artistes originaires de l'Inde ? Ce serait très inquiétant, quant à la philosophie contemporaine de la chose. Et on ne le pense pas non plus, puisque la distribution de Rush comprenait des danseurs purement contemporains et occidentaux, et ne souffrait pas pareilles carences.
Alors, ne serait-ce pas qu'on assiste à un dangereux emballement de la carrière d'Akram Khan, trop vite médiatisé et sollicité, devant faire face aux conditions très dures de la production artistique, héritées de l'ultra libéralisme anglais ? Kaash (if…) paraît surtout une pièce aussi vite faite que mal faite, par un auteur qui demande volontiers qu'on lui laisse du temps pour mieux mesurer la portée de son projet.


Gérard MAYEN,
Publié le 2002-07-10

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : mode, Inde,
Artiste(s) : Akram KHAN (chorégraphe), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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