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Les 28 et 29 mars à la Manufacture


Seriously



L'impétueux Luc Dunberry, membre permanent de la non moins bouillonnante institution berlinoise, propose Seriously au Théâtre de la Manufacture à Nancy , les 28 et 29 mars.


Qu'est ce qui fait bouger les corps chez Dunberry? Le monde, bien sûr. Et le monde va mal. Il s'épuise dans une surenchère sémiotique vaine: société de la communication, communication des apparences, apparences qui obscurcissent toutes nos véritables transparences. Le jeune chorégraphe (36 ans) se jette à gestes perdus contre cette agitation dérisoire. Au risque d'en épouser quelque peu la fatuité, il fabrique des personnages pris aux pièges d'un univers qui tend toujours plus à la dispersion. L'approche de Luc Dunberry est autant théâtrale que chorégraphique puisqu'elle met en jeu des actes humains, même si, en dernière analyse, c'est le corps qui exprime cet être au monde conflictuel et critique. Un corps qui serait encore détenteur d'une vérité de l'être et qui tenterait de l'exprimer presque à l'insu du protagoniste. La gestuelle empruntée aux attitudes et aux postures du quotidien est souvent poussée à son paroxysme. On se cogne au réel et aux autres. Toute la dramaturgie concourt à exacerber ces «jeux (je) de massacre». Les personnages qui s'agitent sur scène sont mal dans leur peau, alors ils tentent de la faire craquer. L'exercice est d'autant plus périlleux que l'environnement est étriqué. Seriously, un spectacle masochiste? En tout cas, la danse est littéralement empêchée par la scénographie. Luc Dunberry nous renvoie à une évidence: si le corps possède la vérité de l'individu, ce dernier n'y a que très rarement accès. Ainsi, le chorégraphe use et abuse de subterfuges cruels et épuisants pour les protagonistes. Ils ont recours à une parole «nulle» qui assèche le langage, «quand quelqu'un parle, c'est son refus de parler qui devient alors sensible»*. De même, le décor sépare et contraint les acteurs-danseurs. Il obstrue le mouvement, le bloque. Il symbolise ce carcan matérialiste duquel la poésie n'arrive pas à s'extirper. En somme, une énergie folle est dépensée pour exprimer de la déception. Mais on ne sort pas pour autant de ce système spectaculaire où l'effet supplée l'état. Bien sûr, on peut en rire. Ce qu'une bonne partie du public ne s'est pas gênée de faire.

* Maurice Blanchot, in «Le livre à venir».

Frédéric KAHN,
Publié le 2002-07-10

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre, danse,
Mot(s) Important(s) : contrainte,
Artiste(s) : Luc DUNBERRY (chorégraphe), Frédéric KAHN (rédacteur),
Passage(s) : Théâtre de la Manufacture Nancy 54000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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