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Cachez cette chorégraphe qu'un mineur ne saurait voir
«Ski-Fi-Jenni... and the frock of the new»
Joyeuse autant que scandaleuse, la nouvelle pièce de Robyn Orlin, Ski-Fi-Jenni, a été interdite aux moins de 18 ans. De quoi reposer la question de la portée subversive des pièces de danse.
Les quelques spectateurs âgés de moins de 18 ans qui se sont présentés pour assister à la première de la pièce Ski-Fi-Jenni... and the frock of the new, lundi au festival Montpellier Danse, se sont vu refuser l'entrée et rembourser leurs places, s'ils n'étaient pas accompagnés de leurs parents, sinon munis d'une décharge signée de ceux-ci. Le caractère explicitement sexuel de certains passages étant invoqué pour justifier cette restriction.
Ces dispositions ont semblé faire suite à quelque réaction vive, relevée dans l'assistance lors d'une représentation, le week-end dernier, de «Giant Empty», de John Jasperse, pièce qui comporte un long duo nu masculin à l'évidente connotation érotique. Alors que l'émission «La suite dans les idées» sur France-Culture mardi midi traitait justement de la dimension politique des oeuvres chorégraphiques, Jean-Paul Montanari, directeur du festival, s'en est référé aux «risques de procès», et à son «sens des responsabilités face aux lois de la République» pour expliquer sa décision.
L'extrême droite étant particulièrement forte en Languedoc-Roussillon, cette péripétie, passée quasi inaperçue, mérite sûrement qu'on s'y attarde. On est rompu à la réglementation limitant l'accès des oeuvres cinématographiques à certaines tranches d'âge. Mais qu'en est-il pour le spectacle vivant? Et qu'en penser dans le domaine de la danse où une proportion considérable des oeuvres peut, d'une manière ou d'une autre, s'attirer les foudres des ligues de vertu?
La perplexité est pour le moins permise, une fois constaté le degré de lubricité de la nouvelle création de Robyn Orlin, où les affres du sexe se ramènent aux suggestions du travestissement, au port du string, de faux seins ou d'attributs masculins postiches en triple exemplaire à l'entrejambes, sinon en joli fanion branlant sur le sommet du crâne. Ah oui, il y a aussi la trouvaille d'une main au cul en caoutchouc, d'effet tordant en cas de roulade dans les travées.
Si la chorégraphe sud-africaine s'est vue attribuer le prix Jan Fabre de l'oeuvre la plus subversive aux Rencontres chorégraphiques de Seine Saint-Denis, cela va donc pour le poids des idées, mais pas pour le choc des images, restées très en deçà de ce que s'autorise le maître flamand dans la Cour d'honneur du Palais des papes, sans la moindre restriction.
Il y a donc du zizi dans l'air, dans Ski-Fi-Jenni... and the frock of the new. C'est-à-dire, plus exactement, qu'il y a du cabaret. Resserré cette année sur une moindre durée, soumis à un rythme beaucoup plus intensif, le festival Montpellier Danse exploite au maximum le potentiel de salles qu'offre la ville. Mais ce fut bien le choix personnel et artistique de Robyn Orlin, que de créer sa pièce dans une salle de conférences du palais des congrès, doté d'une vraie fausse scène très étroite, surmontée d'un long podium à défilés, devant un public mentalement polarisé d'une autre façon qu'au spectacle d'art.
C'est au travers d'un vrai show, que six interprètes, dont quatre garçons, jaloux comme des poux, s'entredéchirent à grands cris pour se revendiquer chacun(e) en Iphigénie, quel que soit le destin sacrificiel qui guette l'héroïne. La référence théâtrale y est massacrée dans une atmosphère de grand foutoir hystérique, tandis que la culture drag-queen y est récupérée au meilleur de son sens politique véritable.
Dans cette pièce, il n'est franchement pas sûr que le détournement du mythe relève d'une pensée extrêmement tendue au-delà du dérapage à vue; cela tandis que son entrelardage de références politiques proprement sud-africaines échappe ici pour l'essentiel. Il n'est pas plus sûr que la sollicitation du public, convié à façonner et propulser des... avions en papier, décale quelque chose d'essentiel dans les conventions de la représentation.
Il est en revanche probable que les nouvelles aventures berlinoises de Robyn Orlin ne soient pas pour rien dans ce goût de cabaret, où les extravagances, les mini-slips, les paillettes, les postures loufoques et les saillies burlesques, crient quelque chose de la folie stridente du monde. Il est aussi absolument sûr qu'on y passe un bon moment hors du commun, franchement joyeux, et par là peut-être scandaleux, au regard de l'approche si rigoriste des choses qui règne en danse contemporaine.
Au fait, à grands roulements de croupes, perruque au vent et (faux) seins en avant, c'est bien un genre de viol que se permet Robyn Orlin sur le corps du texte, en libérant les fantaisies grinçantes des corps à sexe. Mais pas de quoi fouetter un adolescent (sa libido, on veut dire).
Gérard MAYEN,
Publié le 2002-07-11
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : censure, travestissement, subversif, transgression, cabaret, sexe,
Artiste(s) : Robyn ORLIN (chorégraphe), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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