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Final Cut Portrait de Pierre Bismuth
Pierre Bismuth bénéficie pour la première fois depuis 1994 d'une exposition personnelle dans une institution française, à la Villa Arson de Nice. Sans foi ni loi ses œuvres s'attachent à déverrouiller l'opinion commune, pour s'en remettre au seul regard critique du spectateur.
Biographie : Né en 1963 à Paris, Pierre Bismuth, qui vit et travaille à Bruxelles, jouit d'une renommée plus internationale que nationale. Représenté aujourd'hui en France par la Cosmic Galerie, il a exposé un peu partout dans le monde, de Turin à Tel Aviv, de Londres à Toronto, en passant par Bruxelles, Amsterdam, Vienne, Hanovre, Genève. Il a également participé à Art Basel 2004 et à la Biennale de Séoul en 2000. En 2005, il reçoit avec Michel Gondry et Charlie Kaufman l'Oscar du « Meilleur scénario original » pour le film Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Gondry. Il prépare actuellement trois expositions aux Etats-Unis : à la Mary Boone Gallery, à New York, du 22 mars au 28 avril ; dans la même galerie, mais à Chelsea, du 24 mars au 28 avril ; et à la Team Gallery (New York) du 30 mars au 28 avril.
Pierre Bismuth évide, supprime, efface la forme et son contenu. Suivant une méthode rigoureusement réglée, il ajuste les contraires en s'appuyant sur un système simple, celui de l'addition et de la soustraction, en-tendu comme un processus primordial à la constitution de la forme.
Quelque chose en moins, quelque chose en plus est le titre d'une des pièces de Pierre Bismuth présentée en ce moment dans l'exposition que lui consacre la Villa Arson. C'est aussi une expression qui pourrait à elle seule résumer l'ensemble de son travail. Cette œuvre est composée d'un mur de palettes de bois que l'artiste a d'abord érigé avant d'y ponctionner des formes circulaires identiques, elles-mêmes abandonnées, éparses, dans l'espace adjacent. Le trou est, selon l'artiste, « l'élément unificateur de l'œuvre »(1). Notre regard, en effet, ne peut s'empêcher d'aller et venir entre les palettes à l'aspect bricolé, résidu et trace de l'activité qui a eu lieu, et leurs percées très précisément effectuées. Rajouter pour mieux élaguer, voilà qui semble guider cet acte a priori absurde et d'une dépense inutile mais qui, pourtant, questionne la forme, le plus simplement du monde. Qu'est-ce qui fait encore office de paroi si celle-ci se retrouve criblée de trous ? Ce renversement de la fonction de l'objet est à l'origine de nombreux travaux de l'artiste. Il provient d'une recherche d'équilibre entre des formes opposées– plein/vide, contenu/contenant, objet/sa représentation. Ailleurs, Pierre Bismuth intervient de manière plus radicale, en supprimant un bloc de mur de la Villa Arson. Il révèle l'architecture du lieu, réduit les complications spatiales et, une fois de plus, interroge l'acte de percevoir.
Privilégiant une posture de retranchement, contre l'excès et la surproduction, contre l'œuvre autoritaire et donneuse de leçons, il dit considérer « le découpage comme le degré zéro de l'altération »(2) et affirme qu'« une seule coupe suffit à modifier le sens d'une image »(3). Ses pièces sont travaillées de l'intérieur, au plus près de leur émergence par des mouvements qui proposent, au moment même où la forme s'apprête à éclore, la possibilité de la nier. C'est le cas par exemple de Cutting the Right Hand of Marlene Dietrich (2003). Dans un livre de photos de stars se retrouve, en lieu et place de la main de l'actrice, un trou béant découpé par l'artiste. Tandis qu'il focalise ici l'attention sur la main manquante, celui-ci recouvre, dans Collages pour hommes (2002), les images de femmes nues extraites de magazines masculins par des surfaces blanches. Cet ajout en négatif, qui habille les corps au lieu de les effacer, entraîne une inversion du fonctionnement de l'image originale. L'absence est révélée par la présence, et l'imaginaire du spectateur stimulé en creux. Des trouées donc, dans les murs ou les photos, qui pourraient presque se prévaloir d'une approche taoïste du vide. Soit le vide compris comme un potentiel, quelque chose en attente d'être rempli et, par extension, d'être réalisé : c'est l'esprit vide de pensée d'où émergent les idées ; c'est le blanc de la feuille en passe d'être dessiné. Comme le dit Deleuze : « C'est seulement si vous avez su stopper le monde que vous saisirez les trous dans le monde, et encore une fois, chaque chose a sa manière d'être trouée ; il n'y a pas deux choses qui sont trouées de la même manière. »(4)
Publié le 2006-12-18
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : portrait
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Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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