Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Atteinte au corps


Cet homme s'appelle HYC



Auteur et acteur, Christophe Huysman autopsie, avec sa compagnie Les Hommes Penchés, le corps dans son intimité et sa porosité au monde. Il présente en Avignon Cet homme s'appelle HYC, l'une des étapes d'une immense performance évolutive et pluridisciplinaire intitulée Le Monde HYC.


Le Monde HYC, dont Cet homme s'appelle HYC programmé cet été au Festival d'Avignon est l'un des volets (avec Espèces, Les Perturbations HYC et Les Repas HYC) s'impose comme un projet global de grande ampleur. Un ensemble de performances à la forme artistique variable. HYC, sigle commun de ralliement de l'équipe, correspond aux initiales de l'auteur mais n'aurait rien à voir avec la surexposition de son ego, assure ce dernier.
À l'inverse des Hommes dégringolés, Cet homme s'appelle HYC -résumé d'une vie en 200 pages et 119 polaroïds, travail sur la résistance de la figure humaine dans l'espace et sur l'entêtement du corps–, se replie sur le plus intime et le plus viscéral d'un corps à la mobilité de plus en plus réduite. La longue performance, présentée ce printemps dans le cadre du festival Étrange Cargo à la Ménagerie de Verre, révélait le travail de Christophe Huysman, artiste au talent de plasticien, sur des polaroïds rageusement retouchés, détériorés à l'image du personnage lui-même, HYC, qu'on voyait progressivement disparaître: un rétrécissement spatial du corps et de l'être qui répondait à une dilatation temporelle et une mobilité du public invité à se déplacer.

Vous avez conçu Le Monde HYC comme un laboratoire mobile et une performance évolutive. Est-ce une façon de déplacer le théâtre?

Christophe Huysman: Non, c'est une façon de rester dans une tradition. Je m'inscris dans celle de performer, dans la lignée de Tzara, d'Hugo Ball, du Cabaret Voltaire, du Bauhaus, d'Oskar Schlemmer et des Américains qui ont poursuivi ça, comme Cunningham, Cage... Ces artistes épris de liberté m'inspirent complètement. Quand Philippe Minyana dit de moi que je fais de la langue-action, je suis d'accord avec lui : la langue est une action, elle a un pouvoir non pas d'imposition mais d'apparition et de disparition. Un pouvoir de mouvement. Quelquefois, elle doit même avoir l'élégance et la force de disparaître derrière l'image. Le centre du plateau n'est jamais occupé: c'est le principe de notre travail. La piste est un endroit où on ne stationne pas. C'est un endroit qu'on traverse, où on rebondit. Tout est périphérique, circulaire. L'écriture est secondaire.
Ma volonté n'est pas de me mettre hors cadre, de faire la révolution pour la révolution. Elle est d'être fidèle à l'équipe des Hommes Penchés qui a la capacité stupéfiante de se positionner comme une force d'occupation momentanée d'un espace puis de reformulation d'un autre espace. D'où l'appellation de laboratoire mobile. Ça n'a rien de conceptuel. J'avais des difficultés physiques à appréhender le monde comme on me le représentait. Je me suis dit: j'ai une capacité de représentation, je vais l'utiliser. Ma question était: qu'est-ce que je veux montrer des hommes? Donc comment je pense la représentation des hommes, comment je pense le corps, l'espace, la parole, le public et la salle? Quel type d'émotions ai-je envie de transmettre? Tout est venu de l'intérieur, de l'intime. Je n'agis pas en réaction. Je me suis dès lors demandé avec qui m'associer pour construire cette arène, cette piste de cirque. Je suis auteur et acteur, je pense un certain type d'écriture mais d'autres écritures existent au théâtre: la lumière, l'image qui a aujourd'hui une place très importante, les techniques de lien sur un plateau comme la construction d'une régie. Si j'avais un théâtre à construire, qu'est-ce que j'y mettrais? Ça implique quelqu'un qui réfléchisse au son, quelqu'un qui réfléchisse sur le multimédia, sur le logiciel, sur l'image, sur la vidéo. J'avais besoin de m'associer à tous ces gens-là. Avec des artistes du cirque aussi pour créer Espèces et, dans un proche avenir, avec un chorégraphe qui envisage le corps autrement que moi (nous allons amorcer Les Repas HYC à Bordeaux en compagnie, j'espère, de Boris Charmatz et d'Alexis Forestier). Et pourquoi pas avec des metteurs en scène et d'autres auteurs? HYC est une histoire de liens. C'est un jeu de construction et il faut que ce jeu soit amusant.
Tout ça est lié à l'idée de fabrique et de laboratoire. La fabrique est vraiment le lieu où se travaillent des choses. Nous sommes plutôt des laborantins. Dans le mot laboratoire, il y a le mot action. Action dans le sens où, même si on se trompe, ce qu'on fait agit. Dans un laboratoire, quand on fait des essais, ça implique une réaction ou une non-réaction mais en tout cas une position, des hypothèses, une réflexion. C'est cette notion-là qui m'intéresse. Dans un laboratoire, on met en commun une matière intérieure. Ce qu'est précisément Cet homme s'appelle HYC, travail sur l'intime, sur le tout petit du tout petit, l'extraordinaire de l'ordinaire: l'extraordinaire vertige, l'extraordinaire douleur, l'extraordinaire joie, l'extraordinaire incompréhension, l'extraordinaire perte, l'extraordinaire effroi, l'extraordinaire enfant... Le laboratoire, c'est le chant et le champ intérieurs.

Cet homme s'appelle HYC est une des composantes du Monde HYC, résultat d'un travail d'archivage commencé il y a dix ans...
Pour concrétiser ce projet, le point central nécessaire était un texte fondateur chargé d'une énorme matière, qui ouvre de grandes possibilités de réflexion. Ça a été Cet homme s'appelle HYC: un texte long qui n'est pas fait a priori pour le théâtre mais qui est en même temps extrêmement théâtral. Cette écriture permettait l'investigation et un réel engagement. Rentrer dans ce texte et travailler cette matière complexe est le contrat que nous avons passé les uns avec les autres. Nous avons mis un an avant de montrer quelque chose au festival Frictions en 2001. Nous avons d'abord construit une régie pour tout le monde, un livre numérique, une base de données à partir de laquelle nous pouvions œuvrer. Jacques André a conçu le logiciel Log'HYC. Cet instrument a permis que la rapidité d'émotion et d'exécution que nous souhaitions atteindre, ainsi que la possibilité de travailler les choses en direct sur le plateau, nous soient offertes. HYC est un exercice de liberté. Ça veut dire également que ceux qu'on nomme habituellement les régisseurs sont à mes yeux des artistes à part entière, une de nos revendications étant de travailler avec des gens qui ont une grande maîtrise de leur technique. C'est une autre forme de volonté de déstructuration du pouvoir.


Sabrina WELDMAN,
Publié le 2002-07-11

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : performance, écriture, théâtre,
Mot(s) Important(s) : intime, fiction, photographie, interdisciplinarité, sida, société,
Artiste(s) : Sabrina WELDMAN (rédacteur), Christophe HUYSMAN (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :