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Festival d'Avignon



mouvement.net rend compte de la curiosité et de la découverte qui ont caractérisé cette édition 2002.


« Personne ne sort indemne du Festival d'Avignon, ni les artistes, ni les spectateurs. Ni les professionnels, ni au demeurant la direction du Festival... » C'est son directeur qui parle, Bernard Faivre d'Arcier, et on lui donne mille fois raison quand on parcourt la programmation de cet été. La curiosité et la découverte sont décidément au rendez-vous de cette édition. Elle se démarque clairement de la rassurante palette plurielle et consensuelle, pour s'ouvrir sur les esthétiques du monde (El Periférico de objetos, un triptyque de l'italien Pippo Delbono, le tunisien Fadhel Jaïbi, plusieurs mises en scène venues d'Europe de l'est), et s'enfoncer avec détermination dans des projets forts et singuliers, quitte à produire débats et dissensions. Le festival n'est pas sorti indemne de ceux qu'il a lui-même déclenchés. Il en est à la fois altéré et grandi, car plus proche des artistes, plus solidaire du risque inhérent qu'ils prennent en osant le nouveau.
Même quand il s'agit de fidélité à des artistes, le pari est incontestablement plus ouvert. C'est le cas de la Socìetas Raffaello Sanzio, qui engage un processus de recherche sur la tragédie. Dans sept villes d'Europe, Castellucci et les siens ouvriront leur troublant laboratoire. Après Cesena, ville
d'attache de la compagnie, près de Bologne, la deuxième étape de ce parcours est Avignon, qui donne son nom à l'expérience : A. #02 Avignon.
Assumant pleinement son rôle d'initiateur, le festival abrite des projets hors normes qui ne pourraient exister dans d'autres cadres, tel le travail
de Christophe Huysman, qui transgresse tranquillement les formats en vigueur et renoue avec la belle tradition festivalière des spectacles au long cours, huit heures d'exploration intime, jusqu'au cœur de la nuit. L'attention aux textes d'aujourd'hui est d'ailleurs la ligne de force de cette édition : outre Huysman, sont présents Sarah Kane, Jon Fosse, Botho Strauss, Evguéni Grichkoviets, Nejia Zemni, Rodrigo Garcia, Daniel Keene...
Rénovée par les architectes Guy-Claude François et Philippe Manoury, la Cour d'honneur prend des plis inattendus, avec des artistes reconnus, mais d'une génération qui n'a pas eu l'habitude de recevoir les honneurs de la précédente. En montant Platonov, Eric Lacascade rompt avec la fausse obligation de la « vedette » en produit d'appel, et la Cour redevient au centre de l'attention commune. La présence dans ce lieu emblématique de Sasha Waltz est un autre signe fort : elle est, avec le metteur en scène Thomas Ostermeier, à la tête de l'une des plus prestigieuses scènes européennes.
La danse est d'ailleurs fortement représentée, outre Sasha Waltz, avec des figures essentielles comme Catherine Diverrès et Josef Nadj, ainsi que la brésilienne Lia Rodrigues et les toujours surprenants solos du Vif du sujet. François Verret a malheureusement dû renoncer pour l'heure au chantier si prometteur consacré à Robert Musil, suite à une blessure de son interprète principal, Mathurin Bolze. Partie remise pour 2003 !
Il faut encore mentionner le projet radicalement atypique de Jean Michel Bruyère, qui investit la baraque Chabran avec les enfants errants qu'il accueille dans son école à Dakar. Un parcours vertigineux qui condense en lui-même la force essentielle d'un festival comme Avignon : une problématique inédite qui finit par nous questionner, intimement.


Jean-Marc ADOLPHE, Bruno TACKELS,
Publié le 2002-00-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : théâtre, danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Bruno TACKELS (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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