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Temps de guerre
Un texte de Arnaud Michniak Aka Agent Réel
Arnaud Michniak aka Agent Réel est né en 1972. Chanteur du défunt groupe Diabologum et de Programme (six albums au total), Arnaud Michniak s'apprête à publier sous son nom le mini-album Poing perdu
Temps de guerre
Un texte de Arnaud Michniak Aka Agent Réel
Arnaud Michniak aka Agent Réel est né en 1972. Chanteur du défunt groupe Diabologum et de Programme (six albums au total), Arnaud Michniak s'apprête à publier sous son nom le mini-album Poing perdu.
Parler de culture, ça devient difficile en effet. On l'a trop fait. On s'est gaussé là-dessus, comme sur tant d'autres points. Les filles et les fils de la pensée scolaire ont déjà employé tous les superlatifs, ces cache-misère. Ils ont parlé des artistes mais ne les ont pas écoutés. Trop dangereux. Ils ont posé des certitudes sur leurs cadavres. Et à quoi leur servent ces certitudes ? A parler, encore et toujours, à juger, à dire nous, nous savons, nous avons compris, nous pouvons expliquer. Alors qu'aucune certitude n'a sa place ici. Tout schéma d'interprétation et d'affirmation passe aussi vite qu'il est arrivé, devient obsolète aussi vite qu'il avait pu s'avérer nécessaire. C'est ça l'art, la culture ; cette vitesse. C'est-à-dire
la pensée, la vie. C'est comme ça qu'on peut prétendre à quelque chose de différent, qu'on n'entre pas dans le langage commun, dans l'organisation routinière des moments et des idées. Lorsque l'intelligence s'exerce dans un schéma, elle devient prisonnière de cet état, il y a toujours la chose et comment elle existe.
Qu'est-ce qui se passe ? Une confiscation, voilà ce qui se passe. Le réel est interdit. Le réel nous échappe. Nous pensons en points de vue sur le réel, nous ne pensons pas le réel. Nous basculons en permanence dans le monde de l'interprétation en oubliant l'événement. Nous ne pensons pas en aventuriers, ce que nous sommes pourtant, et parce que nous ne participons pas à des événements forts, nous croyons à la force de nos points de vue.
Chaque représentation définit un événement, le crée. C'est ce que font les images tous les jours. Il y a un phénomène de réversibilité incessante. C'est ça l'irréel, le présent. On pourrait dire : il y a du présent, nous voulons du réel. Mais le réel est une lutte, une démarche, un processus. Et il y a un appel du réel.
J'ai passé une année à essayer de remettre en question ce que je viens d'exprimer : tu es dans une fascination égocentrique de la lutte, je me disais, mais ta lutte n'est pas effective, alors vis ta vie, l'amour aide à ce genre de choix, et arrête de te faire croire des trucs et de les faire croire aux autres. Mais la lutte est partout, tout réel est le résultat de luttes. Le réel est un projet, donc une lutte. Il n'y a pas d'aboutissement, rien ne s'arrête, il n'y a que des étapes dans un processus. Voilà le réel.
Cessons de nous comporter comme si nous étions en temps de paix et que nous avions le temps. On sent que quelque chose a changé. Nous sommes en temps de guerre, quotidiennement une guerre dialectique, esthétique est menée. Une guerre donc qui nous concerne. C'est-à-dire que nous sommes attaqués.
Comprenons bien : ce que nous voyons se développer depuis plusieurs décennies sous le terme de mondialisation, et ce que cela implique de plus en plus clairement en matière médiatique/confusionniste et technologique/ sécuritaire, nous positionne aujourd'hui, face aux crises écologiques à venir et aux nouvelles injustices qui risquent d'en découler, au seuil d'une époque qui peut devenir totalitaire de manière beaucoup plus froide et directe que ce que nous pouvions imaginer jusqu'ici.
Notre génération n'a pas encore eu la parole, elle n'a pas dit ce qu'elle sait, et elle en sait beaucoup. Les autres rigolent. Ils disent : regarde les artistes, ces agneaux, ils sont embrouillés, on est tranquille.
Nous nous renfermons sur nous-même, mais nous nous apercevons que nous avons déjà épuisé ce nous-même, et soit nous l'abandonnons définitivement, soit nous y revenons pour en tirer de nouvelles conclusions et de nouvelles choses à faire. C'est là où nous en sommes maintenant. Et si nous ne l'abandonnons pas définitivement, c'est tout simplement parce qu'abandonner ce nous-même nous amène en entrer dans le nous-même d'autres,
et que ces nous-mêmes là nous intéressent moins que le nôtre, car ils n'impliquent pas pour nous un véritable défi, et c'est le défi qui est l'affirmation de nous-même.
Arnaud MICHNIAK,
Publié le 2007-03-27
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : billet d'humeur
Thème(s) : politique, culture, critique,
Mot(s) Important(s) : temps de guerre, lutte, certitudes, mondialisation, je,
Artiste(s) : Arnaud MICHNIAK (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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