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Petits arrangements avec la mort
El suicidio
El Suicidio (le suicide), de la compagnie argentine Périférico de Objetos, oscille entre malaise, angoisse, humour et vitalité.
On connaissait la noirceur et l'intransigeance des spectacles du Périférico de Objetos, notamment depuis une rétrospective en 1999 au festival d'Avignon : étrangeté dérangeante, confrontation acteurs/objets animés, exploration de l'inhumanité de nos sociétés... Avec El Suicidio (le suicide), on pouvait donc s'attendre à une messe des plus sinistres. Il n'en est rien. Point de métaphysique ni d'introspection, mais une exploration de la récurrence du désir de mort, le nôtre mais aussi de ceux qui nous entourent. L'ambiance délétère est évacuée au profit d'une sensualité, d'une ironie, d'une vitalité franches, jaillies d'une sorte d'énergie du désespoir.
Sur la scène sans décor et pleinement éclairée, trois actrices et un acteur dansent, parlent, et opèrent un enchaînement de scènes, d'actes qui relèvent du rituel, du geste de survie voire de la conjuration. Les acteurs, qui sont ici « invités », comme le précise l'un deux, s'emparent alternativement d'un micro-casque pour confier leurs impressions. Ce remue-ménage a lieu sous le regard d'un technicien et d'un acteur « étranger» dans une cabine éclairée qui surplombe la scène : cette distance, voire cette mise en abyme fait penser à un moment de real TV où se manifesteraient des questionnements existentiels... Le texte, produit collectivement, qui puise dans l'expérience personnelle des comédiens est émaillé de statistiques, et de considérations esthétiques sur le théâtre lues par le comédien français.
Dans de précédents spectacles, le Périférico avait convoqué animaux et objets pour proposer un autre niveau de représentation de la vie. Susbsistent ici une poupée en cellulloïd et un bras artificiel, automates plus que marionnettes, qui, actionnés par intermittence, s'agitent de façon mécanique et répétitive. Foisonnent aussi des accessoires mortifères : ce sont des couteaux, ciseaux, revolvers, rasoirs, que se coltinent les acteurs. L'animalité, qui n'a pas disparu non plus, est présente à travers la figure de la vache, une emblème de la culture argentine, et désormais denrée précieuse dans un pays subitement appauvri. La mort massive et banalisée des abattoirs, faisant contre-point aux pulsions suicidaires des individus. On peut lire aussi bien sûr El suicidio, qui n'a pas encore été montré en Argentine, comme une analyse de la déliquescence d'un pays poussé au suicide collectif, comme le note Daniel Veronese, et encouragé par l'indifférence des autres.
El Périférico de Objetos qui réunit metteur en scène, écrivains, danseuses, comédiens semble prendre un nouveau chemin. El Suicidio est une proposition scénique où le malaise et l'angoisse sont toujours palpables, mais où s'ajoute une dose d'humour et de vitalité salutaires. Cette passionnante et magistrale sortie d'impasse par rapport à un thème périlleux, est aussi une réflexion sur le théâtre. Que peut ce dernier face à la mort ? Montrer l'élan vital. Et, au cœur de l'impossible insouciance, des actrices aiguisant un couteau entre deux pas de tango.
Naly GERARD,
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : EL PERIFERICO DE OBJETOS (compagnie de théâtre), Naly GERARD (rédacteur),
Passage(s) : Eglise des Célestins Avignon 84000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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