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Sessions de rattrapage.


Le Festival de Marseille



La deuxième métropole de France ne se donne pas les moyens politiques d'être un véritable territoire de création. Jusqu'au 13 juillet, le Festival de Marseille comble certaines béances de la vie culturelle, notamment en danse.


Avec un budget total, mécénat et recettes comprises, de 1,8 million d'euros, le Festival de Marseille ne peut pas prétendre jouer dans la cour des grands rendez-vous internationaux. A simple titre de comparaison, le budget de Montpellier Danse (une ville quatre fois moins peuplée que Marseille) avoisine les 2,4 millions d'euros. La deuxième métropole de France ne se donne pas les moyens politiques d'être un véritable territoire de création. Pourtant, le potentiel est considérable. L'été, trois semaines durant, le Festival de Marseille s'emploie à combler quelques béances.
Cette année, le public du festival a pu voir Waterproof de Daniel Larrieu. Cette pièce est doublement emblématique. Esthétiquement bien sûr. Elle représente un point d'appui idéal pour sentir à quel point la danse contemporaine donne accès à une connaissance sensible des mutations du monde vivant et technologique. Mais on peut faire de sa présence à l'affiche une lecture plus politique : vingt ans après sa création, en 1986, à Angers, elle est présentée dans la ville natale du chorégraphe. Vous avez dit session de rattrapage ? La danse a très peu droit de cité à Marseille. MOD (Marseille Objectif Danse) essaye bien de proposer une programmation régulière et de grande cohérence... mais son budget est tellement dérisoire !
L'art contemporain n'est pas beaucoup mieux loti. Cet été, le MAC rend un bel hommage à Toni Grand. Mais qui le sait ? Le Musée d'art contemporain de la ville travaille dans la quasi-clandestinité. Dans un tel contexte, le regard du public a bien du mal à se former. Daniel Larrieu proposera une performance (le 3 juillet à 18h 30) autour de la sculpture Du simple au double. Un jeu de correspondances entre le corps du danseur et un objet que Toni Grand qualifiait lui-même de « présence à la lumière, à la gravitation, à la matière ».
Le Festival de Marseille accueille également la « promenade chorégraphique interactive » de N+N Corsino. Encore une fois, doublement emblématique. L'impressionnant dispositif visuel et sonore des chorégraphes-plasticiens marseillais a d'abord été créé l'année dernière au Centre Pompidou, dans le cadre du festival de l'Ircam, Agora. Et le retour à Marseille ne s'exerce pas n'importe où. Le Festival de Marseille a pu investir le nouvel et très bel espace, Villeneuve-Bargemon, sous la mairie. Espérons que ce lieu restera dédié à la création contemporaine, qui ainsi bénéficierait enfin d'une visibilité digne de ce nom en centre-ville. Mais pour ce faire, l'espace Villeneuve-Bargemon devra accueillir un peu moins de colloques et autres séminaires, certainement beaucoup plus rentables !
Un peu dans le même esprit, l'ensemble vocal Musicatreize, dirigé par Roland Hayrabedian, fêtera (le 12 juillet à 21h) ses vingt ans d'existence à l'auditorium du Palais du Pharo... Un espace qui habituellement n'accueille que des congrès et des conventions. Roland Hayrabedian se produit souvent dans sa ville, mais il doit se contenter d'une très petite église. Le Palais du Pharo est jusqu'à présent resté inaccessible à cet ensemble contemporain au talent reconnu dans le monde entier...
Pour le reste, le festival investit, comme tous les ans, le Parc Henri Fabre et les studios du Ballet National de Marseille, le Théâtre de La Criée et le Théâtre de la Sucrière dans les quartiers Nord. Et avec le Studio Kelemenis, il propose une très intéressante série de rencontres publiques (du 6 au 13 juillet à partir de 18h) autour du processus de création des projets chorégraphiques.
Certes, Marseille, cet été encore, est à l'heure des séances de rattrapage, mais beaucoup ont un goût de reviens-y : Wim Vandekeybus (le 29 juin à 22h), Heiner Goebbels (les 4 et 5 juillet à 21h), une création de Michel Kelemenis (le 30 juin à 22h), Fabrice Lambert (le 30 juin à 20h), la troupe néerlandaise TRASH (le 29 juin et le 1er juillet à 20h), Franck II Louise (le 1er juillet à 22h) et Marie Chouinard (le 6 juillet à 22h)... Cependant, ce qui ne devrait être que la règle dans une grande capitale régionale est en train de devenir une exception pour une ville de province.

Fred Kahn

Festival de Marseille, jusqu'au 13 juillet. Tél. 04 91 99 02 50
Exposition Toni Grand au MAC, Marseille, jusqu'au 16 septembre. Tél. 04 91 25 01 07


Fred KAHN,
Publié le 2007-06-27

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : Festival interdisciplinaire, danse, exposition, spectacle vivant,
Mot(s) Important(s) : danse, budget, scène, théâtre, musique,
Artiste(s) : Toni GRAND (artiste), Fred KAHN (rédacteur),
Passage(s) : Marseille 13003 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir : www.festivaldemarseille.com