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Avignon, des actes qui engagent.
Avignon 2007 fait la part belle aux écritures contemporaines
Enterrée, la controverse de 2005 ? Issues du répertoire, ou encore nées d'un travail de plateau, les langues se délient avec l'édition 2007 du Festival d'Avignon, dont Frédéric Fisbach est l'artiste associé.
En 1967, année charnière et pré-éruptive, qui vit la danse (Béjart) et le cinéma (Godard) faire leur entrée au Palais des Papes, Jean Vilar confiait ne pas avoir rencontré le poème dramatique qui aurait alors pu parler à son époque. Mais le débat est toujours vif, ainsi qu'on a pu le voir en 2005 lors d'une édition controversée (et salutaire) du Festival d'Avignon. Renouvelés à sa direction, Hortense Archambault et Vincent Baudriller plaident cette année pour « des écritures engagées ». Le programme est cohérent, avec Valère Novarina dans la Cour d'Honneur, où il crée L'Acte inconnu, mais aussi Rodrigo García, Christophe Fiat, Eléonore Weber, Dieudonné Niangouna et Gildas Milin, le moscovite Ivan Viripaev et le Bulgare Galin Stoev, auteurs et metteurs en scène d'une langue de plateau qui invente ses propres ressorts. Si le répertoire n'est pas exclu (l'inusable Roi Lear mis en scène par Jean-François Sivadier, le verbe claudélien porté par Julie Brochen et Valérie Dréville), il est objet d'altérations qui l'inscrivent au présent. Du 16ème siècle, l'Hippolythe de Robert Garnier ressurgit sous la baguette de Robert Cantarella. Dans un spectacle créé par Ludovic Lagarde, le Flamand Peter Verhelst réécrit de pied en cap le Richard III de Shakespeare. Plus près de nous, le Mephisto de Klaus Mann suggère à Tom Lanoye et Guy Cassiers une épatante adaptation ; l'Amérique de John Steinbeck inspire Mathieu Bauer et la compagnie Sentimental Bourreau ; et Frank Castorf, le turbulent directeur de la Volksbühne, se saisit d'un roman de Louis-Ferdinand Céline, Nord. Autant de textes qui remuent, traduisent un état du monde où se conjuguent le fait politique et sa perception intime. Au temps de la guerre d'Algérie, Jean Genet écrivait Les Paravents, que Roger Blin créa en 1966 à l'Odéon, provoquant le scandale. Artiste associé de l'édition 2007, Fisbach s'installe en outre dans la Cour d'Honneur pour y donner à entendre les Feuillets d'Hypnos de René Char. Et pas seulement : du 13 juillet à 14 h jusqu'au 17 juillet après la représentation, les spectateurs pourront être accueillis pour des petits déjeuners, des ateliers de pratique artistique, et en fin d'après-midi, pour des rencontres avec des penseurs du monde contemporain. Poète et résistant, René Char aurait eu 100 ans cette année. Le Festival d'Avignon, qui lui doit un peu de sa paternité, lui rend également hommage avec une exposition et un spectacle itinérant d'Alexis Forestier, par les villages du Vaucluse.
« Faire un théâtre qui soit un acte qui engage tout entier », selon la formule de Michel Leiris : Ariane Mnouchkine (avec la fresque vivante des Ephémères), Jean-Pierre Vincent (avec Le Silence des communistes, un montage de textes initialement créé en Italie par Luca Ronconi), Kryzstof Warlikowski (avec Angels in America, de Tony Kushner) et Romeo Castellucci (avec le somptueux Hey Girl !) sont encore au menu d'un festival où la danse vient également apporter son grain de sel. Avec le traditionnel rendez-vous du Sujet à Vif, la Berlinoise Sasha Waltz, Raimund Hoghe dans une évocation toute personnelle de la Callas, un spectacle et une « sculpture chorégraphique » du collectif Superamas sont de la partie, quand le Congolais Faustin Linyekula interroge l'histoire malmenée de son pays dans Le Festival des mensonges, et que Fumiyo Ikeda et Benjamin Verdonck, appuyés par Alain Platel, s'emparent d'un terrible récit d'Uzodinma Iweala, jeune écrivain américain originaire du Nigéria qui évoque la perversité de la guerre à travers les yeux d'un enfant soldat. Ou comment « rendre esthétiques des faits qui ne sont pas à esthétiser ».
Jean-Marc Adolphe
61ème Festival d'Avignon, du 6 au 27 juillet.
Le 61e Festival d'Avignon fait l'objet d'un dossier spécial dans le n°44 de Mouvement, avec les entretiens de Frédéric Fisbach, d'Alexis Forestier, de Valérie Dréville, de Krzysztof Warlikowski et Rodrigo Garcia. A lire aussi les textes de Bruno Tackels et de Mari-Mai Corbel.
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2007-06-27
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : édito
Thème(s) : théâtre contemporain, Festival d'Avignon,
Mot(s) Important(s) : Festival d'Avignon, théâtre contemporain, création, réflexion,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir : http://www.festival-avignon.com