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Anything else



Dans Anything Else, le chorégraphe Luc Dunberry joue du premier degré pour poser un regard critique sur l'individu pris au piège du groupe.


Luc Dunberry pratique une danse très expressive, que d'aucun appelle la danse-théâtre. Il développe sans complexe une gestuelle narrative et explicite. Il n'hésite pas à puiser son inspiration dans des lieux communs : l'incommunicabilité, l'abêtissement de la société des loisirs, le trouble des identités... Mais, ce faux premier degré lui permet de poser un regard assez aigu et critique sur la fatalité de l'individu pris au piège de la loi du groupe.
Comme Seriously (2001), présenté en début de semaine par le festival de Marseille, Anything else travaille sur les tensions et les antagonismes entre le monde intérieur et l'environnement extérieur. Mais cette pièce, bien qu'antérieure (1997), est plus épurée. Elle met en jeu deux hommes et une femme, dans un espace ouvert, habité uniquement de trois cabines de toilettes en bois alignées l'une à côté de l'autre. La coexistence sera à la fois douloureuse et drôle. Chacun affirmera son existence au détriment des autres. Luc Dunberry exploite toutes les possibilités de son décor : l'apparition, la disparition, l'effacement, l'encombrement. La complicité et la complémentarité avec les deux autres danseurs (Juan Kruz Dias de Garaio Esnaola et Clementine Deluy) rendent palpables les crises que génère forcément cette promiscuité prolongée. La pièce procède sur le décalage avoué et inconscient entre l'être et le paraître. Et, le chorégraphe n'hésite pas à clairement illustrer son propos. Quand il est question du travestissement des sentiments, les personnages singent un défilé de mode. Pour l'idéal amoureux confronté aux durs principes de réalité, ils imiteront un jeu télévisuel débile. Enfin, pour l'écartèlement entre le profane et le sacré, ils danseront à contre-emploi et contre-temps sur la voix de Caruso. Mais, la redondance est parfaitement assumée. Dunberry revendique cette forme de candeur : «J'adore la naïveté, l'infantilisme et le puérilisme, je trouve cela très touchant, même quand c'est souvent relié à la rage et à la violence dans mes pièces». Il s'agit d'appuyer pour faire mal. L'essentiel n'est pas dans le discours des corps, mais dans ce qui émane d'eux quand ils se débattent pour affirmer leur unicité.
Mais, en ne faisant pas assez confiance aux mouvements souterrains et aux vibrations des organismes humains et sociaux, la pièce s'enferre parfois dans un principe systématique qui limite d'autant son horizon poétique.
La prochaine création de Luc Dunberry, coproduite par le festival de Marseille, pourrait bien être investie d'un souffle régénérateur. Il a travaillé pendant près d'un mois à Marseille, à Cap 15 (les studios de Pierre Droulers) avec son complice de la Schaubüne Juan Kruz Dias de Garaio Esnaola, mais aussi avec Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet des Ballets contemporains de Belgique. La répétition publique, qui a clos cette résidence de création, laisse augurer une œuvre insolente, cruelle et profondément inventive. Cette pièce, créée à la rentrée à la Schaubüne, sera ensuite présentée au théâtre des Abbesses et au festival de Marseille, l'été prochain.


Frédéric KAHN,
Publié le 2002-06-13

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Frédéric KAHN (rédacteur), Luc DUNBERRY (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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