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Une nuit avec HYC
Cet homme s'appelle HYC, de Christophe Huysman, fait événement au festival d'Avignon. Pour une poignée de spectateurs, rescapés des neuf heures d'une performance vertigineuse.
Dimanche 14 juillet, au très petit matin, alors que se lève le mistral et que les camions poubelles font leur office, on sort du lycée Saint-Joseph après avoir passé toute la nuit avec Christophe Huysman (en tout bien tout honneur : Cet homme s'appelle HYC), en neuf heures d'un flot impressionnant de paroles, d'images et de chansonnettes. On en sort certes pas indemne, mais quand même rafraîchi, égayé, heureux quoi, avec l'impérieux devoir de consigner, trop vite, que cette « performance » d'un « théâtre documentaire et multimédia », encore qualifié de « laboratoire mobile », est à ce jour l'événement du festival d'Avignon 2002.
De retour au poste de travail, devant l'écran de veille, on découvre vaguement amusé une dépêche afp qui signale que la Love Parade de Berlin a réuni 500.000 personnes : « un demi succès », dit le robinet à nouvelles du monde. Se souvenir alors que peu avant six heures du matin, à la toute fin de Cet homme s'appelle HYC , nous étions une petite vingtaine dans la « salle de spectacle », dont beaucoup affalés sur des couchettes disposées au sol, endormis là, et qu'imperturbable, Christophe Huysman y narrait les dernières aventures de HYC (prononcer : hic), ses démêlés comico-précaires avec les ASSEDIC et la fatigue qui s'ensuit. N'y aurait-il eu plus personne du tout à l'écouter que Christophe Huysman aurait de toute façon été au bout de ce voyage au bout de la nuit : « Je pense à la pugnacité, celle réelle qui ne s'encombre d'aucun raccourci, ni d'aucun subterfuge. Celle qui prend le temps qu'il lui faut ». Et que, même pour plus personne (« cette question de théâtre : qui parle ? qui entend ? »), les 9 heures de Cet homme s'appelle HYC auraient fait événement. Il faut la non pugnacité de quelques critiques fatigués pour oser écrire que « Christophe Huysman aurait pu « rassembler » son propos en trois heures, et tout aurait été dit » (Brigitte Salino, Le Monde, 13 juillet). D'abord, ce n'est pas vrai, tout n'aurait pas été dit. De la naissance du jeune HYC, également nommé « Bandapart », le 24 avril 1964 à 23 h 55 à Malo-les-Bains, aux derniers polaroïds-autoportraits de l'HYC d'aujourd'hui, en passant par les souvenirs d'enfance et le premier journal tenu sur un cahier d'écolier, en passant par les années-sida et tout le tintouin des amours, c'est l'archive d'une vie que Christophe Huysman prend le temps de déployer. Et pas seulement de « dire ». Quelle idée de réduire le théâtre à un « dire » ! Il y a dans Cet homme s'appelle HYC tout un arsenal de munitions : projection des polaroïds sus-mentionnés, fragments vidéo (carnaval de Dunkerque, plaques de rues parisiennes...), écriteaux annonçant d'insolubles questions, flashes d'informations radio réécrits... Christophe Huysman invente et inventorie : listes d'amants, noms de médicaments, images d'épinal, nouvelles du monde et de soi, etc. Accumulation with talking, aurait dit Trisha Brown. Bien que ce « dire » ne soit pas seulement un « talk-show », mais une partition incroyablement vive d'intonations, de mises en corps, de notes en marge. Et ce n'est pas non plus un « one man show » : tout autour de la « scène », qu'il vaudrait mieux qualifier de piste, comme au cirque, s'affairent les officiants de ce « laboratoire mobile », vidéaste, informaticiens, et ça fait toute une compagnie.
« Quelle position tenir ? Y en a t-il une possible ? » demande Christophe Huysman. Le subjectivisme performatif dont il se réclame, homme « rayé des listes », outsidser issu d'une « génération à qui on a dit qu'elle arrive après tout », n'impose aucune position. Tout au long des neuf heures de Cet homme s'appelle HYC , le public peut quitter la salle et y revenir, s'attabler au dehors devant un plateau repas en suivant sur écran le déroulé du script, comme le voyageur d'un avion long courrier peut suivre sur son écran personnel le plan de vol. On peut déambuler, s'allonger, s'endormir et se réveiller, et cela fait évidemment un espace singulier, qui contraste évidemment avec les « plans de salle » du festival d'Avignon où il faut tasser l'audience et où, par conséquent, les jambes peuvent à peine se déplier. C'est aussi pour cela, pour ce respect d'un espace public, où Christophe Huysman ne prend aucune position en otage, que ce spectacle (car c'en est un, de spectacle, qui n'essaie pas de faire le coup de la déconstruction post-moderne !) fait événement au festival d'Avignon. Justifie à lui seul que ce festival existe, même s'il ne devait continuer à exister que pour la petite vingtaine de personnes qui, ce 14 juillet au petit matin, etc...
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2002-07-14
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
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Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Christophe HUYSMAN (écrivain),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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