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Un début gonflé à bloc


David Wampach à Montpellier Danse



Dans sa création Quatorze, David Wampach égrène des états de corps farouchement singuliers ; sans que ce parti suffise à dégager un propos.


Les quatre interprètes – deux filles, deux garçons – de la pièce Quatorze affichent une nudité juste voilée d'une très fine gaine de résille incolore, qui compresse légèrement leurs chairs. Ainsi quelque chose d'eux est constamment dérobé dans la texture d'une image qui déréalise leurs singularités et fait emblème subtil d'une réduction au marquage des attributs sexuels. Dans la gamme féconde du traitement chorégraphique de la nudité sur scène, cette proposition renouvelle encore les possibles. Sous les lumières quelque peu laiteuses, irréalisantes, de Caty Olive, les présences demeurent constamment nimbés d'un décadrage fictionnel, doucement fantastique, échappé du quotidien. C'est intéressant. On en prend note. Mais.
Mais à l'image du restant de la pièce, on peine à mettre en perspective ce que cet essai de vraie-fausse liquidation du nu – pourtant réussi – produit. Vers quoi tend-il ? Quel projet dégage-t-il ?
Quatorze est une pièce de mouvement. Elle s'engage avec vivacité, sur des impulsions très franches, avec une énergie de match de boxe contre l'espace à vide. C'est un début gonflé à bloc, assez sonnant. Le mouvement paraît reçu, dans une logique centripète. Souvent les corps seront comme trimballés, décoordonnés par des circulations insolites du haut vers le bas, qui dérèglent les rapports de masses supérieure et inférieure. La construction posturale est soumise à un délabrement hanté de sa verticale. Les actions se soustraient, de brèves courses s'emportent, fugitives. Quelque chose est ôté, d'une vigilance sur le qui-vive, toute en suspension, en surprise (sur-prise ?).
Les quatre danseurs composent une communauté neutre, dont on ignore les contrats, les fondements, les alliances au-delà de ce qui les animent dans l'instant. Soit une visite soupçonneuse d'un espace magnifiquement découpé par un gigantesque et somptueux rideau qui démultiplie les volumes scéniques, accentue le hors champ, ménage des issues dérobées. Il s'agit de scruter cela, s'y insinuer, s'y laisser happer. On en joue et on y joue, et il ne manque pas de séquences soudées par le rire, les exclamations et les pleurs, comme on se roule par terre, on s'entasse, on se cogne, on se chatouille, on se fait peur ou se tire la langue.
Cette pièce haletante, spasmodique, évolue donc par relais d'états de corps, par cumulations et relances, comme dans une suite d'essais à reformuler. Il en découle le piège d'un certain essoufflement, à la longue, dont il y a lieu d'espérer que l'expérience future des représentations publiques permette de le déjouer. Pourrait demeurer installée, en revanche, la sensation d'un super exercice démesurément grossi, dont le parti, quoique fermement tenu, ne suggère en définitive aucun propos. Comme un début gonflé à bloc, puis dévidé en démonstration, comme il convient.
La pression massive de tout un milieu professionnel autour du dernier espoir chorégraphique dont on parle, le surdimensionnement des investissements sur un auteur finalement débutant, pourraient constituer le sous-texte de cette dynamique de l'excès de manifestation tournant quelque peu à vide.

Gérard MAYEN

Quatorze a été créé le 28 juin au Chai du Terral, dans le cadre de Montpellier Danse 07.



Gérard MAYEN,
Publié le 2007-07-02

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu
Thème(s) : danse contemporaine, chorégraphie, création contemporaine,
Mot(s) Important(s) : danse contemporaine, chorégraphie, création contemporaine, sexualité, scénographie,
Artiste(s) : David WAMPACH (chorégraphe-interprète), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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