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Le mascul-un multiple
Fabrice Ramalingom à Montpellier Danse
Postural : études, de Fabrice Ramalingom, tranquillise les interrelations de quinze hommes sur le plateau. Et porte un regard pondéral sur la performance de genre.
Tout commence par un tohu-bohu d'exclamations et chœurs de supporters sportifs, qui provient des coulisses. Puis cela se poursuit par un profond chant grégorien. L'un. Puis l'autre. A cet instant inaugural de Postural : études, nouvelle pièce de Fabrice Ramalingom, on peut craindre que celle-ci s'enferre dans une culture des clichés, à propos des attitudes et comportements masculins. Le chorégraphe a réuni quinze hommes pour conduire cette exploration. Lesquels finissent par effectuer leur entrée sur le plateau. Dès lors tout bascule dans une affaire de présence. La pièce ne cessera de produire un regard qu'on dirait pondéral, posé, attentif mais sobre, bellement grave, sur l'insolite situation collective.
Juste ceints de shorts de sport, les interprètes de Postural : études sont de tous âges, morphologies, et niveaux d'excellence dans la pratique de la danse de scène (de simples débutants jusqu'à des figures confirmées du paysage chorégraphique montpelliérain - ou encore le passionnant Vincent Druguet, en assistant mais aussi interprète). La pièce n'exprime guère plus que le constat de cette diversité. Tout étant, dès lors, dans la manière de l'animer. Où Fabrice Ramalingom semble avoir excellé dans un travail de la confiance relationnelle, et du déploiement interrelationnel dans le vaste espace-paysage du plateau, faisant de cette pièce un moment de rencontre exceptionnellement vivant.
Postural : études demeure presque toujours en-deça des vivacités d'impulsions qu'on désigne communément comme propres du mouvement dansé. Elle compose plutôt des mises en série, des conjonctions rythmiques d'appariements et de dispersions, elle orchestre d'amples ralliements, dilue des brumes de présences, construit patiemment des fresques vivantes inspirées de photographies sportives ou monuments de la haute tradition picturale à thématique mythologique. Tout ici paraît donc simple – chorégraphiquement parlant – aisément repérable, nourri d'une robuste expérience des exercices d'atelier.
Pour autant, la déclinaison jamais épuisée de variations dans le principe d'unification, l'assurance tranquille de l'attention à l'autre, l'adresse réservée des regards, la construction imagée des postures, l'installation posée des attitudes, l'évidence heureuse d'un être là ensemble et divers, finit par conférer à la situation une intense singularité. Eminemment démocratique, l'exposition des corps, tenace mais non tapageuse, apaise le regard sur une notion tranquillisée de la performance des genres. Des hommes sont là. Toute une collection. Oui. Certes. On les regarde, passant de l'un à l'autre, dans une inépuisable gamme, sans privilège insistant, ni pré-requis sémiotique. L'intention est plutôt ferme et sans ambages, et sans rien d'un surjeu, ni d'une démonstration, ou décodage systématisé.
Toute une force s'accumule, rayonne, sans jamais aveugler, encore moins blesser, dans une ample vibration de justesse.
Gérard MAYEN
Postural : études a été créé le 2 juillet au Chai du Terral, dans le cadre du festival Montpellier Danse 07.
Gérard MAYEN,
Publié le 2007-07-10
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu
Thème(s) : festival, danse contemporaine, chorégraphie,
Mot(s) Important(s) : danse contemporaine, chorégraphie, création contemporaine, cliché, sexualité, relation,
Artiste(s) : Fabrice Ramalingom (chorégraphe-interprète), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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