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La danse résiste ailleurs


Montpellier Danse 07



Certains essais new-yorkais des années 1970 n'ont absolument rien perdu de leur impact. Voici pourquoi.


Au début, on pourrait sourire. On trouverait quelque chose d'un peu kitsch aux danseurs de la compagnie Trisha Brown, tout entraînés, tout apprêtés, au moment où ils reprennent d'austères essais de celle-ci, remontant aux années 1970 à 1974. Puis on s'y laisse prendre. Il ne s'agit pas de traquer dans les séquences d'aujourd'hui une quelconque « authenticité » à l'endroit des modèles d'il y a trente ans. Il ne s'agit pas de nourrir un fantasme d'exactitude de la reproduction. On admet que plus rien ne ressemble à rien. Et on reçoit ce qu'on reçoit, qui se passe ici et maintenant.
Pour Sticks (1973), cinq danseurs s'allongent sur le sol de la grande salle d'accueil du Musée Fabre. Ils sont disposés en une longue ligne diagonale, la tête de l'un contre les pieds de celui qui suit. Chacun tient dans ses mains un bâton d'une longueur équivalente à sa propre taille. Et tous s'échinent à faire que les cinq bâtons demeurent plus ou moins jointifs, extrémité contre extrémité, cette chaîne formant un très long bâton suspendu en l'air, au-dessus de la ligne des danseurs allongés, mais oscillant et ondulant au gré des imperfections inévitables dans la façon dont chacun tient le sien dans ses mains. Parfois une jonction se brise, il faut la rétablir.
Peu à peu, des mouvements naissent autour de cet axe. Les danseurs se meuvent, passent sur un genou, font mine d'enjamber l'interminable objet, alors plus fragile que jamais. Quelque chose s'est ainsi déplacé. Toute l'attention est focalisée, électrisée, tendue sur cet axe et sur rien d'autre, côté public autant que performers. C'est dans ces bouts de bois, dans leur fluctuation, leur indication, et le péril imaginaire qui les habite, que toute la danse s'est transportée.
Tel était, en effet, dans les années 70, le programme exploratoire de Trisha Brown : débarrasser la danse de toute psychologie, restituer le corps à la radicalité de sa relation à l'espace et au temps. Et à rien d'autre. C'est ce qui fonctionne toujours, plus de trois décennies après. La danse n'habite pas le danseur, elle ne s'extrait pas de lui, elle n'est pas extériorisation de son intériorité. Elle est. Elle est dans la séparation, dans le creusement d'un espace-entre, espace de la distance de soi à soi et au monde, générateur de l'inépuisable diversité des opérations de lecture et d'interprétation.
Curieusement, il n'y a rien là d'une sèche et rébarbative démonstration. On frissonne de sympathie pour ce bâton ; à travers lui pour toute la situation. Et pour les danseurs, et pour le public. Pures accumulations, stricts dispositifs compositionnels, les Early works de Trisha Brown n'en paraissent pas moins grisés d'un irrépressible débordement de liberté ; là où la danse résiste. Ailleurs.

Gérard MAYEN

Les Earky works de Trisha Brown étaient programmés les 1er et 2 juillet au Musée Fabre de Montpellier, dans le cadre du festival Montpellier Danse 07.


Gérard MAYEN,
Publié le 2007-07-10

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu
Thème(s) : danse contemporaine, chorégraphie, création contemporaine, festival,
Mot(s) Important(s) : danse contemporaine, création contemporaine, accessoire, performance, chorégraphie,
Artiste(s) : Trisha BROWN (chorégraphe-interprète), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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