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Voyager dans sa tête
Patrick van Caeckenbergh expose à la Maison Rouge, à Paris
L'artiste belge Patrick van Caeckenbergh ouvre les portes d'un nouveau Pays des merveilles, empli d'aventures artistiques et culinaires. Un écho surréaliste aux projets architecturaux du pavillon Seroussi, présentés au même moment à la Maison Rouge.
S'il n'avait pas été artiste, Patrick van Caeckenbergh aurait été médecin. On l'aurait plutôt vu alchimiste, ou encyclopédiste d'un monde inventé. Mais lui veut « aider les gens, avoir un rôle social ». Un contraste qui en illustre un autre : on a rarement vu artiste contemporain si réservé et si généreux à la fois. Il apprend pour lui, digérant et « faisant mijoter » les connaissances. Son art est égoïste, soulagement d'un trop-plein d'imagination par la « plate-forme de tolérance unique » qu'est l'art contemporain. En revanche, s'il expose et voyage, c'est pour les autres. Et les autres en profitent bien. Jusqu'au 16 septembre, Patrick van Caeckenbergh est à la Maison Rouge. Il y est même jusqu'à, littéralement, servir la soupe à ses visiteurs plusieurs fois par mois. Et leur raconter des histoires.
Pour accéder à l'univers de Patrick van Caeckenbergh, il faut passer la grille d'un jardin clos, forgée par un artisan de son village, en Belgique. C'est là qu'il passe la plus grande partie de son temps, travaillant et participant à la vie commune. C'est là aussi qu'il rêve à des projets irréalisables, comme l'illustrent Les Oubliettes, métaphoriques cloches de verre emboîtées telles des poupées russes. Mais la véritable entrée n'est pas là. Sur un mur de l'espace d'exposition, camouflé parmi les oeuvres, Le Trou de souris est la voie secrète qui mène au monde de l'artiste. La vérité n'est pas au « fond du puits » (devenu Puits sceptique), mais émane de ce « trou » en un rayon lumineux.
Car les œuvres de Patrick van Caeckenbergh ne se veulent pas grandiloquentes. Elles prennent naissance dans la vie quotidienne et ses petits mystères, et s'inspirent beaucoup des systèmes organiques. Si l'artiste s'intéresse autant à l'« architecture du corps », c'est que, de son propre aveu, il est « malade ». Son mal s'appelle Imagination, et il est incurable. Seul remède pour « fonctionner dans la société » : la censure. Ce magma d'idées doit être canalisé, afin de « mijoter » et de se réduire à une forme concrète, aboutie. C'est le sens de l'œuvre métaphorique Le Poêle. Sur plusieurs niveaux, des poêles de plus en plus petits contiennent des photos cartonnées de bustes de l'artiste dans diverses positions. Au sommet, il lève les bras en signe de triomphe. Censure également dans la grande fresque que constituent les Peaux, petits carrés découpés dans des magazines pornographiques. Sur les lignes d'une portée musicale, ces notes rose et chair invitent le spectateur à créer sa propre musique, tout en évacuant la violence de leur contexte initial. Censure enfin dans le choix de ces œuvres, qui reprennent le thème de l'architecture des expositions de la Maison Rouge, occultant une part de l'univers de Patrick van Caeckenbergh.
De fait, plusieurs pièces présentées dans cet « inventaire provisoire » sont des travaux d'études. De celles de neurologie, l'artiste tire un Mecano, cerveau en kit à visée pédagogique. De ses cinq années d'architecture, il offre aux visiteurs plusieurs morceaux choisis, dont la plus imposante est devenue œuvre malgré lui. La Living box, cocon conçu pour habiter au sein d'un grand entrepôt, a en effet servi à l'artiste de lit, de bureau et de pièce à vivre pendant cinq ans, avant d'être décrétée œuvre d'art par ses visiteurs. Le thème du cocon, de l'espace à soi, est omniprésent dans l'œuvre de Caeckenbergh. Autre pièce de travail, L'Hibernation représente son village, et un panorama des animaux hibernants. Une porte ouverte dans la maquette laisse voir son cocon, accompagné d'une lettre à sa « bien-aimée », vantant la gestation et la réflexion.
Mais si l'imagination est fertile, la création est plus difficile. A cause (ou grâce) au processus de censure qu'il s'inflige, l'artiste ne met pas moins de trois ans à produire une sculpture. La création est d'autant plus longue et inachevée qu'elle s'accompagne toujours d'une écriture, fil d'Ariane infini. Beaucoup de pièces sont ainsi nées de contes, inventés par Patrick van Caeckenbergh.
Ainsi, La Coquille est une œuvre qui s'emmène en voyage, et qui naît de ces déplacements. Créée en 1998, elle accompagne l'artiste et subit de régulières transformations. Mais pour en comprendre la fonction, mieux vaut interroger son créateur, qui s'empresse de commencer : C'est l'histoire d'un homme passionné par les contes de fées. Il se construit une Coquille, sorte de berceau pour adulte en forme de coquille d'escargot, afin de parcourir le monde en quête de contes. Grâce à un procédé d'alchimiste, il les distille, en recueille l'essence qu'il enferme dans les petites fioles et range dans la partie cuisine de sa coquille. Plus tard, lorsqu'il fait étape dans des villages, il s'installe sur une place, ouvre son carrosse et sort une fiole. En faisant chauffer son contenu, il en respire les émanations, se souvient de l'histoire entendue plus tôt, et peut alors la raconter.
Le rapprochement de ce héros ordinaire avec l'artiste est facile, et même inévitable. Que penser également de cet homme au chapeau, qui invente un système pour libérer sa tête de perceptions envahissantes ? Dans son couvre-chef, il transfère le produit de ses sens, et les engrange dans des petites cases. Pour guérir, l'homme retire alors son chapeau. Pour l'instant, l'artiste n'a pas posé ses ciseaux....
Pascaline Vallée
Patrick van Caeckenbergh, « Les Bicoques », exposition à la Maison Rouge-fondation Antoine Galbert. Du 1er juin au 16 septembre 2007.
Publié le 2007-07-19
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu
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Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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