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Les défricheurs du théâtre européen en Croatie


La 21e édition de Eurokaz s'est achevée le 4 juillet



A Zagreb, Eurokaz porte haut son nom de « festival du nouveau théâtre européen ». La situation géographique de la ville, entre Europe de l'Ouest et Europe de l'Est, n'y est sans doute pas pour rien, tout comme sa très européenne fondatrice, Gordana Vnuk – ex-directrice de Kampnagel en Allemagne.


Depuis 1987 à Zagreb, Eurokaz, rendez-vous défricheur qui a notamment accueilli François Verret, la Fura Del Baus, Bob Wilson, la Cie Rosas ou encore le Théâtre du Radeau, n'a cessé de jouer avec les confrontations esthétiques et géopolitiques que cristallise l'histoire de la ville comme du pays. Cette année, c'est autour de la figure controversée de Tito, président à vie de la République yougoslave de 1952 à 1980, mais aussi Croate de naissance, que Eurokaz a réuni sa programmation, sous le titre « La 4e voie » – allusion directe à la fameuse « troisième voie », celle des non-alignés, choisie par Tito, Nehru et Nasser en pleine Guerre froide. Venus de Macédoine, d'Egypte, d'Allemagne, de Yougoslavie, de Slovénie, etc., les spectacles présentés ont donc interrogé l'héritage d'un tel choix politique et de son éventuelle pertinence contemporaine selon des formes artistiques très variées et une certaine élasticité dans leur rapport à la thématique.
Dans une approche frontale, Tito, Certain Diagrams of Desire, fresque historique luxuriante et musicale, relate la biographie de Tito de sa naissance à sa mort et même au-delà jusqu'à l'éclatement de la Yougoslavie. Plus distanciée, Betwixt and Between-Tito in India, pièce chorégraphique de l'Allemand Felix Ruckert se concentre autour de la figure minimale du nombre « trois », celle des trois non-alignés et de la « troisième voie ».
Dans une démarche plus oblique et peut-être plus pertinente, Ahmed El Attar, metteur en scène égyptien, travaille autour du personnage de Nasser. Tito & Nasser or how I've Learned to Love Socialism travaille en feuilleté le discours qu'il prononça en 1953 pour la nationalisation du Canal de Suez, en superposant plusieurs types de relation : président et peuple, père et fils, maître et domestique. Tantôt empreints de morale, tantôt mutins ou obsessionnels, les registres fusionnent et les rapports de force se renversent jusqu'à la déstabilisation.
Nourri d'un fond documentaire important, présent notamment au travers de quelques projections vidéo, Green, Green, rend un hommage émouvant à la solidarité et à l'idéalisme des étudiants étrangers de Zagreb lors de leur mobilisation politique de novembre 1971 contre Tito. Non sans nostalgie, le metteur en scène et acteur Damir Bartol Indos, qui a lui-même vécu ces événements, joue cette pièce sur le lieu même des rassemblements estudiantins. En plein air et sous l'éclairage des trains qui passent et ralentissent parfois comme pour profiter du spectacle, les corps des acteurs, crispés, secoués de spasmes ou soumis à des gesticulations anarchiques, et les voix, poussées jusqu'au déraillement dans des intonations proches tour à tour du slam et du rock, amènent la reconstitution historique jusqu'à la performance.
Eurokaz, en démultipliant les focales de représentation et de perception, offre ainsi une expérience unique de décentrement.

Gwenaëlle Aupetit

La 21e édition de Eurokaz s'est tenue à Zagreb du 26 juin au 4 juillet 2007. www.eurokaz.hr


Publié le 2007-07-18

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

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