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L'ombre du guerrier


Claude Lévêque expose à Albi jusqu'au 31 octobre



Le Lait, Laboratoire artistique international du Tarn, accueille à Albi, dans les majestueux espaces des anciens moulins du Tarn, un environnement « guerrier, sauvage et sensoriel » de Claude Lévêque, écho contemporain à la tragédie cathare.


Face à la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi, forteresse érigée à la fin du XIIIe siècle en pays cathare au nom des guerres de religion, Claude Lévêque a installé, à proximité des flots tumultueux du Tarn, une œuvre qu'il qualifie lui-même de « tournant » dans sa carrière. Le lieu pour lequel l'artiste a pensé son installation exigeait une grande rigueur et une réflexion profonde. En effet, du XIe au XIVe siècles, la région albigeoise a connu des massacres en nombre, dus à l'éradication de la religion cathare. L'histoire et la géographie du site sont marqués par une violence avec laquelle l'artiste se devait de composer.
Claude Lévêque, à propos de l'œuvre, déclare : « Ce dispositif initiatique nous confronte à notre animalité, mêlée aux secrets les plus enfouis. Cette cache de repli et de guet anticipe une nouvelle dérive d'irréalité. Cette nouvelle expérience est comme une métaphore du mythe cathare. Une piste guerrière, sauvage et sensorielle. » Ainsi l'artiste se détache-t-il ici du processus autobiographique qu'on lui a souvent connu jusqu'alors, pour montrer dans Le Crépuscule du jaguar ce qu'il considère comme un « repli », dans un mouvement de recul par rapport à une société et à un monde politique qu'il juge « dramatiques ».
Situé à peine au-dessus de la surface du fleuve, Le Crépuscule du jaguar est une vaste installation aménagée dans le sous-sol des Moulins albigeois, où s'activaient autrefois les vannes permettant d'utiliser l'énergie de la rivière. Accueillant le visiteur, un tronc d'arbre est suspendu en travers de la première salle comme un immense bélier, menaçant un œil d'enfant dont l'image vidéo est dédoublée. Dans la salle principale surgit, avec un grand sens de la nuance, toute la violence contenue dans cette menace de l'œil crevé. Un espace intermédiaire annonce cette violence : les ouvertures, qui permettent une vue majestueuse sur le Tarn et sur la cathédrale, ont été bouchées, et des fentes, comme des déchirures, y ont été creusées. Le parcours de la grande salle est « ritualisé ». Au plafond, des cercles métalliques ornés de crochets acérés répondent par leurs courbes à une sphère transparente, fragile œil dans lequel se reflètent les lumières rougeoyantes disposées comme autant de signaux. L'ensemble évoque une salle de tortures, les fentes pratiquées étant comme les traces du désespoir des prisonniers. Au son de la rivière répond celui de l'eau, partout présente, qui zigzague au sol et coule le long des murs, formant des concrétions calcaires, protubérances monstrueuses dans un espace devenu caverne. Dans une lumière blanche, une voie de sortie est suggérée, comme un passage vers l'inconnu, l'éternité, au-delà de la souffrance.
Claude Lévêque livre dans ce Crépuscule du jaguar une vision à la fois extrême et subtilement suggérée de la barbarie, au seuil entre l'ombre et la lumière. A l'extérieur, de l'autre côté de la rivière, seule la beauté de Sainte-Cécile permet de sauver notre regard.

Magali Lesauvage


Le Crépuscule du jaguar, exposition de Claude Lévêque, jusqu'au 31 octobre au Centre d'art Le Lait, Les Moulins albigeois, Albi. Tél. 05 63 47 14 23
www.centredartlelait.com





Magali LESAUVAGE,
Publié le 2007-07-24

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : art visuel, exposition,
Mot(s) Important(s) : ombre, guerrier, sensoriel, sauvage,
Artiste(s) : Claude LEVEQUE (plasticien), Magali LESAUVAGE (rédacteur),
Passage(s) : Albi 81000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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