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Deux démarches pour aller vers


La compagnie Emmanuel Grivet à Avignon



Un solo et un duo, Emmanuel Grivet allant de l'un à l'autre, proposant l'incarnation de passages. De soi à soi, puis de soi à l'autre, à Opiyo Okach.


Transparence blanc / Langage lointain
En symboliste, Emmanuel Grivet pose une clepsydre au fond du plateau, puis l'oublie. Il visite l'espace et s'installe ici, posément, sans raideurs. Nous savons qu'il danse déjà : sa méditation, ses intentions spatiales se dessinent dans son regard, comme un chat faussement alangui, séduisant et calme pour ne pas effrayer sa proie. A plusieurs reprises il s'avancera, comme pour parler au public. Mais les chats, même ceux qui paraissent les plus vifs d'esprit, ne parlent pas. Dans un gromelo incompréhensible, il racontera pourtant une histoire insaisissable, une fabulette mystérieuse qui est danse elle aussi, et dont la sensualité suffit. Une autre fois sa voix est couverte par un air de violoncelle, et nous n'entendons toujours rien. Veut-il vraiment dire quelque chose ? Ou veut-il simplement dire que tout ce qu'il peut dire est précisément qu'il ne peut rien dire ? Est-ce vain de parler, de traduire, d'illustrer sa danse de verbiages ? Ce solo n'est pas muet, car il laisse à la danse sa voix propre. C'est un voyage qu'Emmanuel Grivet expose, un voyage que nous suivons de loin, exotique par sa langue inconnue. La dernière image sera celle d'une clepsydre vide, oubliée mais pourtant là, décomptant les minutes d'un solo court, et rappelant le pouvoir du temps.

Accords perdus / Le temps de la rencontre
Le duo Accords perdus est né d'une rencontre avec Opiyo Okach danseur et chorégraphe kenyan (à voir aussi dans le Sujet à Vif, au programme de la SACD). Et il s'agit bien de conter cette rencontre, dont les étapes se dévoilent en ellipses lumineuses. A l'aube les hommes ne se connaissent pas. Dans la pénombre du petit matin, ils coexistent, se cherchent, se tournent autour dans une écoute à l'autre audible pour nous, mais qui feint presque l'ignorance. Il y a là un grand suspens. Des mains se tendent vainement dans le vide pour serrer celles de l'autre. Le jour grandit, l'espace entre les deux danseurs se réduit. La lumière de l'après-midi, comme celle qui perce de deux fenêtres côtes à côtes, leur offre à chacun un lieu ensoleillé dans lequel danser ensemble, malgré l'ombre coupante. Quand le soir arrive, l'un regarde l'autre, cette fois ouvertement, adaptant son corps au corps de l'autre. Avec la nuit et ses dangers, l'entraide naît, les difficultés sont surmontables dans le corps à corps, la pesanteur pour alliée. L'aube nouvelle pointe, l'un est épuisé – la lutte nocturne fut féroce –, l'autre, encore vif, poursuit ses mouvements avec une volonté que la fatigue ne peut arrêter. Et l'énergie circule avec le jour arrivant, elle se partage cette fois sans ambages, totalement double et voyageuse dans les corps du grand Blanc et du grand Noir. Le soir tombant, l'amitié est authentique. Enlacés, leurs bras pourtant se meuvent encore, ils se racontent à l'italienne les beaux souvenirs du jour, les rêves de ceux de demain. Petit conte deviendra grande histoire, c'est le temps de la rencontre qui en est le garant.

Ninon Prouteau

Transparence blanc et Accords perdus, par la compagnie Emmanuel Grivet, vu le 15 juillet au studio des hivernales, à 13h30. A voir jusqu'au 24 juillet.




Ninon PROUTEAU,
Publié le 2007-07-25

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : Festival d'Avignon, danse contemporaine,
Mot(s) Important(s) : transparence, accords, rencontre,
Artiste(s) : Opiyo OKACH (danseur), Emmanuel GRIVET (chorégraphe-interprète), Ninon PROUTEAU (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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