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SAS


Entre deux mondes



A l'heure où elle doit sortir de prison, une femme détenue s'interroge sur sa présence derrière les barreaux, et tâche de s'abriter dans un SAS imaginaire et sécurisant.


Le texte dit, parfois jusqu'à le vomir, par la comédienne Patricia Ravidat, est rythmé par une musique aux vibrations tonitruantes, et photographié par des flashs visionnaires permettant des appuis temporels absents à l'intérieur du texte lui-même. Mais de quel temps peut-on parler en prison ? Y a t il encore des heures, des jours, des minutes pour nous dire que nous sommes vivants ? Elles sont mortes ces femmes, leur temps lunaire, leurs cycles sont déréglés, elles sont déconnectées d'avec la lune ; économie de tampons pour l'Etat, ce n'est pas plus mal. Et puis qui se soucie de savoir si ça fonctionne encore, une femme inutile ?
Sur le plateau, les barreaux ne sont pas serrés. Ils ne montent pas jusqu'au plafond, comme un dessin pas fini, indiquant le sens de l'enferment sans l'absolutiser. Echos au texte qui lui-même ne se veut pas un documentaire minutieux, plutôt esquisse que couplet réaliste, mise en évidence d'une vie possible ailleurs. Entre deux mondes, ni enfermé (la liberté se trouve parfois miraculeusement au détour d'une promenade dans la cour), ni « dehors ». D'ailleurs après 20 ans... « Je serai toujours plus d'ici que de là-bas. C'est peut-être ça, aujourd'hui je suis morte. (...) Au bistrot du coin, les hommes disent " on est mieux ici qu'en face ". Et bien moi j'étais peut-être mieux ici. (...) Ma boîte va s'ouvrir et je ne suis un cadeau pour personne ».
Le jeune metteur en scène Manuel Pons s'est emparé avec justesse et finesse d'un texte, d'un sujet, et d'une comédienne. L'auteur, Michel Azama propose avec le SAS de rendre audible la parole parfois ambiguë, souvent forte, toujours surprenante, d'une femme détenue dans le moment où elle s'apprête à être libérée. Mais souhaite-t-elle réellement sortir ? Ce qui l'attend dehors – l'enterrement de sa mère notamment –, n'est pas gage de grandes retrouvailles. Et que dire à des enfants qui ont vécu vingt ans sans la mère qui a tué leur père ? Loin des larmes de compassions, loin du mélodrame, c'est l'authenticité et la sincérité d'une voix fragile, d'une diction proche de la logorrhée qui donne à ce monologue une charge émotionnelle impossible à entendre. Nous ne culpabilisons pas, nous ne moralisons pas, nous entendons seulement ce qu'une femme se dit dans la solitude de sa cellule. Pardon, « Madame la directrice tient à ce que nous disions chambre »...

Ninon Prouteau

SAS, par l'Artscénique Théâtre, mise en scène de Manuel Pons, texte de Michel Azama. Vu le 18 juillet au Pulsion Théâtre à 13h55. A voir encore jusqu'au 28 juillet, tous les jours à 13h55.


Ninon PROUTEAU,
Publié le 2007-07-25

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : théâtre, Festival d'Avignon, festival off,
Mot(s) Important(s) : aliénation, prison, société, souvenir, monologue,
Artiste(s) : Patricia RAVIDAT (comédienne ), Manuel PONS (metteur en scène), Michel AZAMA (auteur), Ninon PROUTEAU (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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