Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Chroniques de plateau


Avignon 2007, par Bruno Tackels



Bruno Tackels livre ses impressions de spectateur d'Avignon 2007, sous la forme d'un journal dont voici de premiers extraits


Pour cette soixante-et-unième édition du Festival d'Avignon, les écritures sont décidément à l'honneur. Ecritures au pluriel, écriture sous toutes ses formes, des plus traditionnelles aux plus expérimentales, fidèlement dramatiques, ou furieusement jetées en dehors de tout drame. Mais pourtant toujours activement présentes sur le plateau, afin d'essayer d'y raconter quelques bribes de notre monde. Des écritures qui couvrent un large spectre, à la fois historique et formel : de Shakespeare (et des figures qu'il a soumises à réécriture, comme ici celle de Richard III, relancé par Peter Verhelst) à Genet, Char, Steinbeck ou Claudel, en passant par la grande variété de ce qu'on appelle communément « les écritures contemporaines ». Elles-mêmes de forme et de facture très diversifiées – très construites ou très fragmentées, de Rodrigo Garcia à Valère Novarina, en passant Gildas Milin, Eéléonore Weber, Dieudonné Niangouna, Faustin Linyekula, Christophe Fiat, Ivan Viripaev, Tony Kushner ou Tom Lanoye. Autant de propositions qui nous obligent à repenser radicalement la notion d'écrivain de théâtre, auteur dramatique et autres poètes de la scène.


***


Le 8 juillet. Nord. Quand un écrivain français antisémite (mais pas seulement) voyage dans les parages d'un Allemand de l'est, communiste (mais pas seulement), que se passe-t-il ? Céline vu par Castorf. La rencontre de deux machines à ausculter l'Europe malade d'elle-même, avec une génération d'écart. A la fin de la seconde guerre mondiale, Céline raconte sa traversée volontaire d'une Allemagne dévastée, écrasée par sa grandeur fantasmée. Ce récit d'un homme qui est à la fois témoin et acteur d'une histoire sinistrée est absolument unique. Il nous donne une sorte de radiographie précise de ce qui se joue dans cette période par définition sans témoin. Mais Céline est là, et il enregistre. Pas d'une manière historienne, mais plutôt comme un flâneur conteur qui prend paradoxalement du « bon » temps, au milieu des décombres. C'est du moins le parti-pris que choisit Castorf pour nous montrer l'errance de Céline et de sa petite troupe surréaliste. Et il n'y va pas par quatre chemin : Céline avec sa petite famille dans un wagon de marchandise... Eternel retour du même, quand tu nous tiens. Un train qui va se charger de toute la misère du monde, allemande, roumaine, léttone, française – tous ces hommes qui ont cru que le destin de l'homme était dans cette Allemagne nazie.

Cela donne un spectacle bien peu sympathique, au sens littéral. Conséquence d'une position tenue jusqu'à son terme. C'est cohérent, et c'est ingrat. Les acteurs semblent sortis de leurs gonds. Ils beuglent leur malheur d'être dans ce monde obscène. Accrochés aux barreaux d'un wagon ivre qui tourne désespérément sur lui-même. On saisit physiquement l'absurdité d'un tel voyage, et de toute la pensée qui le sous-tend. Seule l'arme du burlesque parvient à faire tenir debout Céline et sa petite troupe, sa femme, l'acteur le Vigan et le célèbre chat Bébert. Une traversée de l'enfer, lourde, grasse, et qui n'est décidément pas sympathique.

Nord, mise en scène de Frank Castorf, dans la cour du Lycée Saint Joseph, à 21h30.

***


9 juillet. Les Paravents. Décidément Frédéric Fisbach a magistralement résolu « l'énigme Paravents », une pièce monstre, un fleuve chaotique et indomptable qui ne se laisse pas facilement attraper. En réduisant la pièce au triangle des trois personnages principaux : Saïd, sa mère et son épouse Leila, en les entourant d'un peuple de marionnettes japonaises manipulées à vue, Fisbach donne une vision claire et lumineuse de cet univers épais et lourdement chargé de son histoire coloniale. Comme Genet le notera lui-même, la pièce est largement « déconnante », et il n'est pas simple d'y trouver un ordre et une trame continue. Par le truchement de cette réduction marionnettique, la cellule si précaire de Saïd et de sa famille se trouve comme sur-éclairée, sans cesse menacée par le monde du dehors, celui des colons, mais plus largement le monde des hommes en général – d'autant plus inquiétant et menaçant qu'il n'est précisément pas humain. Une lecture modeste et discrète de la pièce, qui fait paradoxalement apparaître la violence politique des rapports, quels qu'ils soient. Une belle équation, parfaitement résolue.

Les Paravents, mise en scène de Frédéric Fisbach, au Théâtre Municipal d'Avignon, à 17h.

***

10 juillet. L'acte inconnu. Et le silence commence à se faire. L'acteur en rouge commence à arpenter l'immense plateau de la Cour d'Honneur. Lentement. (Un peu trop, petit problème de calage technique, on l'apprendra plus tard).
Le public flotte, et sent le vide vertigineux de la cour. Il applaudit, pour que la parole vienne disperser ce malaise grandissant. Et voilà que les acteurs surgissent, comme des petits diables sortant de leur boîte. Très vite, magiquement, ils peuplent tout l'espace, l'arpentent en tous sens, y compris la verticale, surgissent des fenêtres. Un masque harangue le peuple depuis le toit du Palais. L'échelle d'inhumanité s'estompe d'un coup et l'hominisation va pouvoir commencer. Car c'est bien le combat pour faire tenir l'homme au milieu de lui-même qui se donne à voir dans cette monstrueuse arène de la Cour. Arène ou stade de football, assurément lieu d'une performance qui pousse l'homme à ses limites. Vers le haut et vers le bas. Poussée horizontale et verticale à la fois. Les figures qui naissent depuis la scène racontent un nouveau commencement, une genèse pour le théâtre, qui n'a rien à envier à celle de la Bible. Elles s'adressent aussi à ses contemporains, massés, compacts, formant ce mur humain qui attend qu'on lui offre une parole, et qu'on fasse taire les fausses manières d'un langage dévoyé en instrument de ménage, déclinant toute la palette des « kärcher » et autres machines à communiquer en toute transparence. Contre ce monde de slogans et de prédicateurs, les acteurs de Novarina érigent un autre monde, une parole qui nous réconcilie avec notre propre parole. Ce geste est éminemment politique, quoiqu'en pensent ceux qui dénoncent une logorrhée dont tout théâtre se serait absenté. On a le sentiment que c'est leur propre conscience de la parole qui s'est absentée. Pour celui qui accepte de plonger dans la parole, Novarina nous engage dans de fabuleux voyages, comme s'il nous entraînait au plus près de l'origine. Jusqu'au dernier voyage de l'acteur qui ne viendra plus, Daniel Znyk, l'acteur magique, l'acteur lumière qui a disparu brutalement, l'hiver dernier, et qui ne reviendra plus. Pourtant Novarina le fait revenir une fois encore, et tous les soirs de spectacle, en brandissant le masque de Daniel Znyk (dont la moulure servait à façonner des masques en terre, brisés chaque soir dans L'Espace furieux, le spectacle présenté il y a deux ans à la Comédie-Française). Sur la scène, rien ne disparaît vraiment.

l'Acte inconnu, mise en scène de Valère Novarina, dans la cour d'honneur du Palais des Papes, à 22h.

***

11 juillet. Crue. Saignante. A point. Carbonisée. La dernière création de Rodrigo Garcia était très attendue. On se souvient des violentes divisions que ses précédents spectacles avaient suscité, à Avignon et ailleurs. Une incarnation à lui seul de ce que l'on a nommé après-coup la « querelle d'Avignon » : le théâtre ne perd-t-il pas toute identité à force d'accueillir tant d'énergies extérieures ? Rodrigo Garcia est de ceux qui répondent fortement à la question. Il pense même que son travail antérieur restait encore fortement prisonnier de codes contraignants qui peinent logiquement à dire notre monde actuel (puisqu'ils datent d'une autre époque, quoi qu'on en pense, et quoi qu'en disent tous ceux qui tentent de les adapter et de les actualiser). Rodrigo Garcia a donc fait entrer de l'air dans son théâtre, et de très loin, en invitant sur le plateau quinze « murgueros », des danseurs de « Murgua », le carnaval des quartiers populaires de Buenos Aires. Le projet n'a rien d'exotique, puisque Rodrigo Garcia a grandi dans ces quartiers pauvres, avant de rejoindre l'Espagne de ses parents. En ouvrant la porte à ces présences massives et lumineuses, il opère au fond un retour sur lui-même. D'où l'incroyable simplicité, complètement naturelle, avec laquelle ces jeunes danseurs évoluent dans l'univers Garcia. Ni eux ni lui ne perdent la face, aucune volonté de les assimiler, ou de les montrer sur un mode exotique ou voyeuriste. Dans la première partie, Rodrigo Garcia laisse se déployer leur art d' « oiseau urbain élégant », qui se sert de la danse pour dire beaucoup plus que la danse, sans masquer pour autant leur réalité, leur langue et leurs rapports, violents et immédiats. Peu à peu, la présence des « murgueros » se décale et commence à s'insérer dans l'architecture de Garcia. Sans faire croire qu'ils seraient des acteurs professionnels, il les amène progressivement à faire des actes inconnus – à entrer dans son drame : se couvrir de pizzas, s'arroser de farine, entrer dans un matelas recouvert de polyane, découper le matelas à hauteur du corps qui s'y protège, après avoir été battu à mort par d'autres « murgueros ». Des images de peintures classiques sont projetées sur le cloître, et des « murgueros » surgissent en dansant du fond de la toile. Et la greffe prend de plus en plus, au point que tous semblent dessiner la même partition, jusqu'au point ultime du spectacle, confié à l'acteur fétiche de Rodrigo Garcia, Juan Loriente. Il nous livre une hypothèse percutante : et si nous oubliions tout au bout de quarante-huit heures, comme la vache, quel serait notre monde d'humains ? Plus humain ? Rodrigo Garcia ne répond pas, quoi qu'en pensent ceux qui voudraient en faire un donneur de leçon... Car ce sont eux qui ont donné la réponse, et qui ont font une leçon !

Bleue.Saignante. A point..., mise en scène de Rodrigo Garcia, au Cloître des Carmes, à 22h.

***

12 juillet. Dinozord : the Dialogue Series III. A l'entrée, l'entrée ne se fait pas comme se fait une entrée. On attend, on piétine, on entre dans une autre logique. Qu'on ne comprend pas d'emblée, d'ailleurs. Il s'agit en effet d'un rituel, une manière de sortir du monde séculier pour ouvrir un autre espace, tenter un autre temps. En ligne, nous patientons à l'entrée de la salle pour passer devant des photographies, et des petites textes très courts, déposés à même le sol. Faustin Linyekula est là, comme une faune grimaçant, pour nous accueillir, avec un chant qu'il n'est pas possible d'identifier de prime abord, chant d'Afrique qui frôle le chant grégorien, à moins que ce ne soit l'inverse. D'emblée, on sent que les influences se télescopent. Il va s'agir d'un rituel, c'est certain, mais ses contours sont diffus, et multiples, aux origines volontairement contrastées. Nous pénétrons dans la région de Kisangani, dans la République démocratique du Congo. Faustin nous y convie pour enterrer un ami à lui, mort douze ans plus tôt. Une cérémonie qu'il n'a jamais pu honorer, et que le théâtre, soir après soir va lui permettre de faire vivre, bien au-delà d'une morte commémoration. Il convoque d'ailleurs toutes les formes et les grammaires en présence : le chant des origines, le masque pur, le corps immémorial, le fantasme révolutionnaire, le drame des colonies, l'horreur des dictatures d'après la colonie, le faux baume humanitaire, le documentaire, la photographie réaliste, rien n'a grâce à ses yeux, et tout participe à ce mouvement de rédemption par la scène. Par elle, on retrouve l'ami mort, l'ami qui croyait qu'en écrivant la « bonne » phrase, il changerait le monde entier, mais aussi celui qui se trouve en prison à vie, accusé de complot contre le président Kabila, l'ami chanteur qui se sait « le dernier de sa race », et tous les autres, qui viennent là pour donner vie à ceux qui n'en ont plus (beaucoup). Une petite fête entre humains, qui n'a rien de léger, mais qui prend tout ce qui arrive avec beaucoup d'amour.

Dinozord, mise en scène de Faustin Linyekula, au gymnase du lycée Mistral à 18h.

***

18 juillet. Mephisto for ever. On se souvient de l'impériale mise en scène de Rouge Décanté, l'année dernière, au Cloître des Célestins. En en sortant, il apparaissait clairement que Guy Cassiers était un grand poète de la scène. Cette impression initiale s'est trouvée largement renforcée par l'adaptation du célèbre roman de Klaus Mann, Méphisto – que l'on avait déjà entendu au Festival d'Avignon dans un adaptation d'Ariane Mnouchkine et du Théâtre du Soleil. La nouvelle écriture produite par l'écrivain flamand Tom Lanoye franchit un pas supplémentaire dans la lecture que l'on pouvait faire de ce noyau incandescent : que doit faire l'artiste quand le pouvoir en place lui propose un pacte diabolique ? Le texte de Tom Lanoye décolle de son origine historique (le contexte national-socialiste y est moins présent), pour privilégier la situation de la Flandre contemporaine. Comment continuer à faire du théâtre dans un pays qui le met en péril – ou du moins qui met en péril ce qui fonde l'art même du théâtre ? L'art de l'autre, la présence de toutes ces forces étrangères sans lesquelles rien du drame ne peut se déployer, comment les maintenir quand ceux qui décident du droit à l'existence de tout un chacun se font de l'art théâtral une idée tranchée et visiblement sans concession ? Mephisto for ever porte un regard sans concession sur les relations finalement bien peu romantiques entre les hommes de l'art et ceux de la politique. Les uns et les autres ne sont pas si différents qu'on pourrait le penser. Ni monstres d'un côté, ni anges de l'autre, on assiste à un dialogue étrangement ordinaire, alors que le contexte est pourtant violemment poussé aux extrêmes... Une façon parabolique de dire que nos situations d'apparence banalisées portent en elle le germe de drames infiniment plus violents...

Mefito for ever, mise en scène de Guy Cassiers, au Théâtre Municipal, à 21h30.

***

22 juillet. Approche d'une idée de la méfiance. Rodrigo Garcia est parfaitement conscient des limites de son travail : « Toute cette consommation, ce système [du spectacle et des festivals], tout cela me semble toujours très en contradiction avec le travail que je tente. Le fait que mes créations soient déjà beaucoup montrées devant un public européen qui ne me plaît pas tellement, au sens où celui-ci n'a pas vécu dans sa chair ce que d'autres subissent ailleurs, est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai fait des choses plus agressives pour qu'il en prenne conscience, qu'il se sente mal. Mais cela ne rime à rien, car au final le marché peut tout à fait m'assimiler sans danger. Même si mon œuvre se veut le contraire de cela. Du coup, j'ai l'impression d'être entretenu par un système qui intègre ma conception du théâtre au sein des phénomènes de la modernité, entre autres parce que j'utilise des matériaux comme le lait, la farine, le sel. J'ai vécu un moment de grande désillusion, en comprenant que je ne pouvais faire autre chose que de travailler pour une société de merde. Parce que je vis dans cette société de merde, de bien-être, où tout est beau, magnifique, sans danger, sans menace. » Dans cet entretien qu'il a accordé pour la préparation du Festival, Rodrigo Garcia ne se raconte pas d'histoire. Il est même plutôt très clair sur la portée de son travail, et sur la couverture qui risque fortement de se poser sur lui, empêchant du coup tout ce qu'il tente d'y injecter. Même si d'aucuns lisent dans cet acte de lucidité comme une ultime manœuvre démagogique (eh oui, la propension à envenimer nos espaces de survie est visiblement une pulsion morbide assez irrépressible chez ceux qui ont perdu tout espoir... et qui le clament haut et fort dans « l'humanité », l'organe de toutes leurs désespérances), il faut bien reconnaître que ce constat est lucide et courageux : Rodrigo Garcia a la force de faire le deuil de toutes nos illusions (le théâtre médium de transformation immédiate de notre monde), mais il n'en reste pas moins convaincu que l'écriture théâtrale peut continuer à envoyer de puissants projectiles, qui ébranlent les certitudes, qui obligent à revoir nos évidences, à refuser notre monde tel qu'il ne va décidément pas.

Et c'est bien cette évidence qui éclate à la gueule, quand on sort du spectacle de Rodrigo Garcia, Approche d'une idée de la méfiance : l'image claire, incontournable qu'on se fait avoir. Des spectateurs furieux le criaient, devant le Cloître des Célestins : on s'est fait avoir ! Et ce qui est fascinant, c'est qu'on ne sait pas très bien par quoi ils se sont fait voir. Ou plutôt, ils disent s'être fait avoir par un spectacle indigent, alors qu'ils sont en réalité en train de prendre conscience que ce spectacle leur faire prendre conscience qu'ils se font complètement avoir par le monde auquel ils ont donné toute leur vie, leurs enfants, leurs espoirs les plus fous... D'où la violence de leurs réactions. Qui n'est pas simplement de rejet esthétique, c'est visible, mais bien plus profonde – et cela nous donne quelques raisons de ne pas tout à fait désespérer du monde...

Approche de l'idée de méfiance, mise en scène de Rodrigo Garcia, au Cloître des célestins à 22h.

***


24 juillet. Genèse n°2. C'est le deuxième texte d'Ivan Viripaev que le metteur en scène Galin Stoev présente en France, après Oxygène, présenté la saison dernière à la cité internationale. Il est frappant de voir à quel point les deux spectacles ne se ressemblent pas, malgré la même équipe d'acteurs, au jeu fin et engagé. Oxygène ressemblait à une flânerie urbaine sur fond de concert électro, tandis que Genèse n°2 nous emmène dans les tréfonds de la métaphysique la plus agitée. Dieu est le directeur d'un hôpital psychiatrique, soumis à la question par l'une de ses patientes, qui n'est autre que l'auteur de la pièce... que Viripaev décide de faire vivre sur la scène. Rarement la musique et l'image projetée n'auront aussi bien co-écrit un spectacle de théâtre. Même si ces composantes sont omnni-présentes dans les spectacles présentés au Festival, elles ne font pas forcément corps avec le plateau. Ici, tout naît du même lieu, chansons, projections, monologues – tout s'écrit au même rythme. Il ne dégage une étonnante énergie de cette heure concentrée, qui plonge pourtant dans des zones obscures et complexes. L'énergie d'un nouveau commencement.

Genèse n°2, mise en scène de Galin Stoev, Salle Benoît XII

***

25 juillet. Etat de marche. Au Théâtre des doms, décidément haut-lieu de la création belge, un spectacle ressemble un peu à celui de Viripaev, du moins dans la forme. La musique accompagne le récit comme dans une procession. Cela tombe bien, il s'agit de marche, d'une flânerie sur l'acte de flâner, cette marche qui prend le temps de prendre son temps. Un éloge de la lenteur. Une actrice, Laurence Vielle, et un chorégraphe, Jean-Michel Agius, décident de marcher d'un domicile à l'autre. L'un est à Paris, l'autre à Bruxelles. Ils vont marcher des mois durant, faisant de leurs lieux de rencontre l'espace d'une scène possible. Et en une heure, ils nous font partager la poésie de ce temps perdu : leurs rencontres, leur amour des cartes, la composition de leurs sacs à dos, et tout ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui marche. Et puis les images prennent le relais, elles ne montrent rien, au sens touristique du terme, elles nous vous voyager au pays de ceux qui apprenaient à marcher.

Etat de marche, par Laurence Vielle et Jean-Michel Agius au théâtre des Doms à 16h.

***

Bruno Tackels


Bruno TACKELS,
Publié le 2007-07-27

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : Festival d'Avignon, création contemporaine, écriture,
Mot(s) Important(s) : accumulation, actualité, plateaux, chronique,
Artiste(s) : Valère NOVARINA (metteur en scène), Frédéric FISBACH (metteur en scène), Faustin LINYEKULA (metteur en scène), Rodrigo GARCIA (auteur, metteur en scène), Frank Castorf (metteur en scène), Guy CASSIERS (metteur en scène), Galin STOEV (Metteur en scène), Laurence VIELLE (comédienne ), Jean-Michel AGIUS (chorégraphe-interprète), Bruno TACKELS (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :