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Ciné-concert anglo-indien



La chanteuse Susheela Raman et le réalisateur Udayan Prasad ont offert deux regards croisés sur la culture anglo-indienne mardi soir.


Le festival de Marseille entamait hier, avec le concert de Susheela Raman, sa série de représentations au Théâtre de la Sucrière. Ce théâtre de plein air, à l'acoustique irréprochable, est situé au cœur des quartiers nord de la ville. Il permet à la manifestation de couvrir l'ensemble des territoires de la ville, même les plus défavorisés. La programmation s'infléchit alors vers des formes plus «populaires», en l'occurrence la musique et le cinéma.
Susheela Raman correspond parfaitement à cette politique d'ouverture. Elle est devenue, en très peu de temps, l'un des nouveaux symboles du métissage musical entre le nord et le sud (l'autre nom de la world music?). Née à Londres, en 1973, de parents tamouls, cette jeune chanteuse s'est imposée au public Européen, dès son premier album, Salt rain (2001). La scène anglo-saxonne est, depuis de nombreuses années, un terreau fertile pour la fusion entre les sonorités indienne et urbaines (Nithin Sawnhey, Talvin Singh, Asian dub fondation...). Susheela Raman est sans doute la représentante la plus sensuelle et la moins engagée politiquement de cette mouvance. Sa fusion se déploie à l'intérieur d'un cadre dépaysant, mais harmonieux, qui prend soin de rester toujours familier aux oreilles. Elle évite soigneusement les points de tensions et de ruptures.
Malheureusement, ce qui fonctionne dans la musique ne marche pas forcément dans la vie. Malgré des places à 4 euros, la population dite défavorisée était très peu présente au Théâtre de la Sucrière. Malgré des gradins archi plein, l'ambiance, très «Télérama-Arte-Libé», n'avait rien à voir avec la fête de l'Aïd el kebir. La frontière n'est pas tant ethnique, toutes les origines semblaient représentées dans le public, que profondément sociale et culturelle. Pourtant, Susheela Raman est devenue une représentante très en vue de la richesse musicale des pays pauvres. Et comme toute bonne ambassadrice, elle possède une bonne dose de diplomatie. Elle donne à entendre, avec sa voix puissante et claire, un subtil et doux mélange de sonorités indiennes, mâtinées de références africaines. L'ensemble repose sur une architecture électrique occidentale et provoque un certain vertige hypnotique.
Ce mardi soir, la formation qui entoure la chanteuse est minimale. Le percussionniste, Carlos Djanuano Dabo, martèle les racines de l'Afrique, alors qu'Aref Durvesh, sur ses tablas, en appelle à des pulsations plus spirituelles. Sam Mills, à la guitare (pièce essentielle du dispositif puisqu'il est aussi le producteur de Susheela Raman), soutient l'édifice mélodique. Il réussit de belles échappées, aussi bien dans des univers oniriques avec des accords très amples, que sur des gammes pop, funk et même hispanisante. Susheela Raman déroule sans trop forcer sa voix envoûtante et nous invite à une série de voyages sur des chemins emplis tour à tour d'images de solitude et de déracinement, de quête d'harmonie et d'amour. Cependant, l'énergie déployée par le groupe ne compense pas totalement une absence de folie (ou de dépassement) un peu frustrante. En somme, un concert avec de belles envolées, mais un peu trop sage. Précisons que la formation était amputée d'un de ses membres. Le bassiste Hilaire Bega Penda, pourtant annoncé sur le programme, n'était pas sur scène. Il aurait sans doute apporté une touche dub supplémentaire, qui visiblement faisait défaut.
La seconde partie de la soirée nous a permis de découvrir avec My Son the fanatic (1999), un film de Udayan Prasad, un autre regard sur la culture indo-anglaise. Le réalisateur y dresse des portraits sensibles de personnages abîmés par la vie. Une forte humanité transpire presque naturellement de certains plans. On ne peut pas s'empêcher de penser à Cassavetes. Cette œuvre, qui montre que l'enracinement est aussi une perte, résonne donc, sans redondance inutile, avec le concert de Susheela Raman.


Frédéric KAHN,
Publié le 2002-07-17

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Frédéric KAHN (rédacteur), Susheela RAMAN (musicien), Udayan PRASAD (réalisateur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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