Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Détournement de sens
Récits des tribus Oméga
Les Récits des tribus Oméga par Système Castafiore
Le Système Castafiore reflète fidèlement notre époque et cette mise en miroir esthétique s'accompagne d'une indéniable distance comique et critique. Mais comment être à la fois de son temps et intemporel ? La dernière création de cette compagnie, Les Récits des tribus Oméga, se présente comme une succession de tableaux visuellement puissants et spectaculairement efficaces. La forme est on ne peut plus actuelle, elle repose sur un principe de mise en relation de citations et de situations empruntés aussi bien au réel le plus trivial qu'à notre imaginaire collectif. Karl Biscuit et Marcia Bercellos, les deux têtes pensantes et agissantes de Castafiore, opèrent ainsi des effets de détournement de sens et ce à l'intérieur d'un dispositif scénographique ingénieux. Ils puisent et épuisent les références, mais l'ensemble reste cohérent. Le spectacle emprunte avec bonheur à l'univers de la BD, des arts visuels et appliqués, du cinéma, de la mode, du cirque, de la musique, du théâtre... Finalement la discipline la plus mal lotie est celle qui devrait servir de socle à l'ensemble : la danse. La gestuelle, prise isolément des autres éléments du spectacle, développe un imaginaire très convenu. Elle ne fonctionne vraiment que dans sa dimension parodique et faussement mimétique.
Mais l'objet global est habité par une véritable dynamique et procure un vrai plaisir. D'ailleurs, le but avoué de la compagnie est de présenter “un spectacle aimable, plaisant, notre seul souci est de ne pas ennuyer celui qui vient nous voir”. Et c'est réussi. Encore une fois, la Vieille Charité était archi pleine et le divertissement de qualité. Mais on suit beaucoup moins Marcia Barcellos et Karl Biscuit quand ils déclarent : “Ici la chorégraphie est un outil d'investigation de notre rapport au monde pour que les signes de l'humain décodent notre histoire”. Comme le nom de la compagnie l'indique, Castafiore développe un système spectaculaire assez autonome. Par contre, ils délaissent complètement l'historicité. Et contrairement à ce que laisse penser son titre, Récits des tribus Oméga, le spectacle n'est pas composé de récits, mais d'instantanés. Il n'y a aucun lien entre les différents tableaux et même à l'intérieur des scènes, la seule finalité semble être la force sensorielle et cinétique de la proposition, sa capacité évocatrice... mais immédiate.
Le Système Castafiore s'inscrit dans notre société de l'immédiateté, une société tellement omnibulée par la jouissance de l'instant qu'elle annihile toute l'épaisseur du temps. Se focaliser sur le présent, c'est s'interdire de le faire durer, n'avoir ni projet, ni parcours. De même, dans la proposition de Castafiore, la fiction est trop embryonnaire, les tentatives de projection au-delà de la représentation n'opèrent plus. Comment alors s'arracher au premier degré ? Il manque, ici, ce temps de la fiction qui prolonge l'existence de l'œuvre et la fait résonner dans l'esprit bien après la fin du spectacle.
On a parlé d'opéra baroque à propos des Récits des tribus Oméga. A tort Le spectacle partage avec l'opéra sa dimension multiforme, mais il ne propose aucune narration, même hautement métaphorique, ou diffractée. Chaque tableau est une fin en soi. Le spectacle ne peut donc pas prétendre au dépassement.
Fred Kahn
Frédéric KAHN,
Publié le 2002-07-20
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Frédéric KAHN (rédacteur), SYSTEME CASTAFIORE (compagnie de danse), Marcia BARCELLOS (chorégraphe), Karl BISCUIT (compositeur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :