Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
La simplicité est un art
Geneviève Sorin
Concert dansé, concert dansant, de Geneviève Sorin.
De la légèreté et de l'élégance. S'il faut accoler deux mots à la planète Geneviève Sorin, alors, va, pour ceux-là. De toute façon, il faudrait d'autres outils que des mots pour parler d'une démarche aussi peu bavarde. Une phrase assigne un sens, Geneviève Sorin n'impose rien, elle propose, notre regard doit faire le reste du chemin.
Concert dansé, Concert dansant, est une proposition spécialement conçue pour le Festival de Marseille et pour le Théâtre de la Sucrière. Un agglomérat d'éléments apparemment disparates qui nous attirent vers un un centre d'attraction, sans qu'il n'y ait jamais de gravité. D'abord le Concert dansé. Geneviève Sorin et sa clique débarquent sur le plateau, un peu comme à l'improviste. Les circulations des danseurs révèlent avec délicatesse les volumes circulaires de ce théâtre à ciel ouvert, espace de représentation atypique et presque d'un autre âge. Au centre du dispositif la Boni's family (Geneviève Sorin, Raymond Boni -son complice à la scène et à la ville, comme on dit- et Bastien Boni), égrènent des thèmes musicaux délicieusement bancals et inspirés. Accordéon, guitare et contrebasse visitent ensemble des contrées imprécises, des paysages à la frontière, entre jazz, musique contemporaine et encore d'autres influences, africaines ou méditerranéennes. Aux variations sonores répondent les gammes des danseurs. Chacun pour soi, mais attentif à l'autre, ils exercent leurs corps et proposent des hypothèses pour trouver une juste place dans une biosphère qui ne semble pas vraiment vouloir de nous. L'air devient un matériau de jeu pour ces cinq hommes et femmes qui éprouvent leur rapport à l'apesanteur et à la résistance de l'atmosphère. Comment imprimer son être dans un environnement qui échappe à l'entendement ? Ils tentent la tension des muscles puis, le relâchement du geste, une forme d'abandon qui ne soit pas une démission. Bref, ils cherchent à atteindre la tautologie idéale mais inaccessible : ils cherchent à être ce qu'ils sont vraiment au monde.
L'univers de Geneviève Sorin a pu apparaître dans le passé trop ténu ; la nécessité interne des mouvements échappait parfois. Dans la forme proposée pour le Festival de Marseille, le vagabondage et toujours aussi libre, mais il s'inscrit dans un dialogue beaucoup plus franc avec le public. Une soirée lisible, où rien pourtant n'est écrit d'avance, si ce n'est les éléments qui rendront l'échange possible.
Après ce Concert dansé, Baron Samedi, une formation autant percussive qu'hétéroclite enchaîna avec un Concert dansant. Tout un chacun pouvait s'emparer de la danse, dans un mouvement festif, mais non superficiel. Il était clair que l'on ne fait pas n'importe quoi avec son corps.
La nuit se poursuivit avec la projection sur grand écran, de Danzon, film de Maria Novaro. Encore une autre déclinaison de la danse de la vie. Avec pour décors le peuple mexicain et deux villes : Mexico et surtout Veracruz, ville portuaire, un peu torride, très grise et peu rose. Et, au cœur de la caméra, une femme qui, à quarante ans, comprend que refuser le monde serait une sacrée connerie. Chaque instant compte, il n'y a pas de moments futiles ; tant pis pour le sordide, tant mieux pour le plaisir. Décidément, la simplicité est un art.
Fred Kahn
Frédéric KAHN,
Publié le 2002-07-20
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Frédéric KAHN (rédacteur), Geneviève SORIN (chorégraphe), Raymond BONI (musicien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :