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Fleur de Cactus de Catherine Berbessou

Chapeau : La chorégraphe n'a pas vraiment été à la fête, avec Fleur de cactus, sa dernière création, présentée, mardi 23 juillet, dans la cour de la Vieille Charité.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Frédéric KAHN rédacteur
Catherine BERBESSOU chorégraphe

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Texte : Rien de pire que de s'ennuyer dans une fête, de ne pas se sentir concerné, encore moins impliqué. Votre hôte a fait le maximum, n'a pas lésiné sur les moyens, mais rien n'y fait. Au contraire, au plus il cherchera à vous séduire, au plus l'ambiance vous paraîtra artificielle et surfaite. On dit alors que la fête est triste. Catherine Berbessou, avec Fleur de Cactus, son dernier spectacle, voulait nous inviter à une fête qui ne soit pas inutile; un moment inoubliable, mais un peu aigre. Pour instiller du trouble, elle devait gâter un peu les réjouissances, sans pour autant, bien sûr, gâcher la soirée. Le partage n'a pas eu lieu. Pourtant, son sujet était évident. Trop sans doute. La fête est à la fois essentielle et insoutenable. Elle révèle notre indéfectible besoin du contact des autres, tout en nous renvoyant à notre immense solitude. Elle est magnifique parce que vaine. Mais nous savons cela depuis longtemps déjà. Comment dépasser les lieux communs? La chorégraphe a répondu par la surenchère, elle a confondu la confusion des sentiments et la lisibilité du propos. Elle accumule les niveaux de récits: paroles, actes, gestes, musiques, scénographie pour tenter de recréer la fièvre de ces samedis soirs, tour à tour délirants et pathétiques. Elle empile alors les images, ne veut rien oublier, comme si l'exhaustivité était possible et même souhaitable. Le plateau est surchargé de signes et le superflu finit par masquer l'essentielle.
On passe par toutes les atmosphères, comme autant de passages obligés, de l'hystérie à la «gueule de bois»; les danseurs-acteurs se jettent, se désirent, se massacrent, s'allument, se déchirent et se noient, mais cette débauche d'énergie s'épuise d'elle-même, sans qu'une cohérence profonde n'émerge. Les corps dessinent des figures admises, immédiatement reconnaissables, dans une épaisseur mimétique encombrante. Le propos était bien «de démasquer nos peurs et nos passions, éclaircir nos sensibilités et nos valeurs, ce qui est caché ou exhibé», mais le regard reste captif de l'apparence formelle de l'acte, d'un sens unique, donc d'une impasse évocatrice. Pris séparément, certains tableaux ne manquent pas de force poétique, mais l'effet est immédiat, toujours donné et non à découvrir, encore moins à inventer. Dans son articulation globale, la pièce se clôt sur elle-même.
C'est finalement quand Catherine Berbessou revient à ses premières amours qu'elle est la plus touchante, quand son complice (il est également assistant à la mise en scène du spectacle) Frederico Rodriguez Moreno, entraîne l'une des danseuses dans un tango extrêmement codifié et pourtant débarrassé de toute fioriture. Le couple déploie alors, à l'intérieur d'un cadre apparemment strictement référencé, des trésors de virtuosité. Au-delà du jeu, transpire alors une violence et un désir sous-jacent qui faisait tant défaut jusque-là.


Date de publication : 24/07/2002


Inséré le : 24/07/2002 00:00
Thèmes : danse,