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Fictions véritables
The Wind et The Present
Eija-Liisa Ahtila présente à la galerie Marian Goodman deux installations vidéos The wind et The present. Cette première exposition à Paris dévoile l'originalité et l'ingéniosité narrative des stratégies de l'artiste finlandaise.
The Present est un recueil de petites histoires. Les moniteurs sur lesquels passent en boucle cinq courtes vidéos sont disposés de telle sorte qu'il est impossible de les percevoir simultanément. Le visiteur établit donc librement l'ordre de lecture. Chaque histoire revient sur un événement de la vie d'une femme, personnage inventé de toutes pièces par l'artiste. Au cours d'une interview, le sujet dévoile sans retenue sa psychose. Les mises en scène d'Eija-Liisa Ahtila transposent ces différentes narrations dans des atmosphères où transpirent angoisses et incertitudes. Les confessions de ces femmes sont filmées dans des contextes étrangers au récit. L'artiste recherche la superposition des différentes perceptions d'un moment de réalité: celle des faits, celle du vécu, et celle réinventée par la mémoire, se confondent tour à tour. Elle utilise indistinctement la fiction, la réalité et le rêve pour déstabiliser la narration. Ce travail d'imbrication des ordres du discours renforce les sentiments de malaise et d'angoisse. Ainsi, par exemple, l'une des héroïnes évoque l'épisode de son divorce tout en traversant à quatre pattes un pont à l'heure de pointe. La position humiliante adoptée figure ses angoisses et les transforme en véritables handicaps. Cette attitude du repentir est symptomatique du mal qui ronge et hante chacune de ces femmes. "Give yourself a present, forgive yourself", inscription récurrente à la fin des vidéos comme sur les murs, apparaît comme un début de solution à l'énigme que soulève l'ensemble de ces cinq portraits.
L'exploration des méandres de la conscience se poursuit avec la seconde installation intitulée The Wind. Cette vidéo de 14 minutes approfondit un des cinq portraits. Sur trois grands écrans mis bout à bout, Eija-Liisa Ahtila opère un aller-retour constant entre les moments où la jeune femme se livre et ceux où les situations qu'elle évoque sont rejouées avec les "véritables" protagonistes de son histoire. La fragmentation de l'espace de projection fait écho aux différentes temporalités qui s'y jouent et rejouent. Il n'y a plus ni passé ni présent repérable. Le temps et l'espace se dilatent. Finalement, le désir de réalisme s'estompe. Il est désormais impossible de percevoir et concevoir les scènes individuellement et de rétablir "une vérité", une "réalité". Ni documentaires, ni cinématographiques, les propositions d'Eija-Liisa Ahtila font éclater les genres pour affirmer une plasticité de l'image en mouvement dans laquelle l'espace-temps n'a de valeur que psychologique.
Léa GAUTHIER,
Publié le 2002-09-18
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : art plastique,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Léa GAUTHIER (rédacteur), Eija-Liisa AHTILA (plasticien),
Passage(s) : Galerie Marian Goodman Paris 75003 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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