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A qui profite l'argent de la culture?

Enquête

Chapeau : On ne peut que se réjouir de voir la couverture du Télérama du 15 novembre 2000. Elle pose une question qui n'a pas cessé d'agiter les colonnes de Mouvement: À qui profite l'argent de la culture?

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 11

Bruno TACKELS rédacteur
André MALRAUX personnage politique
Catherine TASCA personnage politique

Texte : Quand on lit superficiellement cette «grande enquête en deux parties» («l'État asphyxié» et le «financement des régions»), on se dit que «érama» est un support d'opinion résolument progressiste, investi par des journalistes qui se soucient des conditions d'émergence de la création culturelle que ces mêmes journalistes vont ensuite observer et analyser dans leur journal. La tendance lourde de ces différents articles est que la création artistique est le parent pauvre d'un ministère de la Culture de plus en plus alourdi par les frais de fonctionnement d'une architecture culturelle de plus en plus condamnée à reproduire ce qui s'est jadis inventé. Ce constat n'est pas faux. Il est même littéralement prélevé (statistiques et chiffres à l'appui) dans l'éditorial que Jean-Marc Adolphe signait au mois d'octobre 2000 dans «Mouvement», pour annoncer et ouvrir la pétition adressée à Lionel Jospin afin d'obtenir le doublement du budget de la culture.
On ne peut que se réjouir, donc, de voir les journalistes d'un grand média national s'ouvrir à une argumentation que l'on croit toujours (c'est en fait assez récent) limitée aux cercles étroits des soi-disant spécialistes et professionnels de la profession. Or, c'est tout le contraire. L'ensemble de ceux qui habitent en France pensant très tranquillement que le budget de la culture est beaucoup trop faible, dérisoire même, compte tenu de l'importance de sa tâche, pour le temps présent et pour l'avenir de nos sociétés. érama, donc, questionne à son tour l'actuel budget de la culture. On repasse par toute l'histoire de ce ministère, depuis Malraux jusqu'à Tasca, décidément malmenée, bridée en victime «trautmannisée». On apprend que Bercy n'a jamais aimé l'art, que ce sont les finances qui ont toujours fait barre sur la création. On y lit des vérités plutôt rassurantes. On se dit que la pétition pour doubler le budget de la culture est salutaire puisqu'il commence à fabriquer un débat. Et puis tout d'un coup on s'étonne. Et on reprend le titre. «À qui profite l'argent de la culture?» La question sonne étrangement. Sans lien avec son contenu. Et puis retour à la couverture du numéro. Et là tout s'éclaire. Sur fond blanc, un bout de cadre doré. Et qu'entoure ce cadre? Rien. Du blanc et ces mots, juste une question: «À qui profite l'argent de la culture?». On commence à comprendre. L'art, pur cadre décoratif, s'est vidé. Vieilli, l'art est sans relève (c'est ce qu'on lit, dans ces colonnes, du moins, et dans la prose des gestionnaires de salles de spectacle). L'art sans qualité n'a plus qu'une mission : promouvoir le monde culturel qui soi-disant l'abrite. L'art devient simple prestation de service, au service d'un monde de services. L'art parle de culture, donc meurt et se vide. C'est ce qui s'écrit partout, à commencer sous la plume des conseillers de Clinton, que la culture intéresse vraiment, et de plus en plus, le monde de l'économie et ses nouvelles formes de domination. Il paraît même que les marchés disparaîtront très vite, et que les échanges se feront sur le modèle du théâtre et des règles de la représentation spectaculaire: l'accès, un temps donné, à un service donné, sans achat de bien. Les nouveaux marchands de rêve ont trouvé de nouveaux alliés. À qui profite l'argent de la culture? À la culture, et à ceux qui la possèdent. Quel que soit le cadre, quel que soit le sens. Il vaut mieux du coup qu'il reste vide et blanc. Et que la création se fasse ailleurs, sous d'autres cieux, hors l'état, hors la loi.

Date de publication : 01/01/2001


Mots-clés : média, engagement, enquête
Inséré le : 18/12/2000 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,