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Une expérience épique
Ecriture théâtrale
Chapeau : Dans cet entretien-discussion, Olivier Py expose les enjeux de son écriture théâtrale.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : 11
Olivier PY auteur
Bruno TACKELS rédacteur
Paul CLAUDEL auteur
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Texte : Bruno Tackels: On entend fréquemment des choses très contradictoires, quand les gens parlent de ton théâtre. On entend dire, par exemple, qu'il est profondément catholique. Ce qui est dit, bien souvent, sur un mode agacé, voire franchement énervé. Moi je pense plutôt que ton théâtre est catholique en surface - que le catholicisme est un levier pour ta pensée. Mais que celle-ci va ailleurs, et qu'elle n'est pas sans lien avec l'avant-Christ. Je lis dans tes textes un rapport fort, mais souterrain, avec le judaïsme, et en particulier avec la pensée de Walter Benjamin. Comme toi, il s'en prend aux fausses croyances, et en particulier à celle qui prétend pouvoir s'en passer. Cette croyance prend le nom de progrès et assure que la catastrophe est forcément derrière nous - puisque nous avons progressé. C'est une logique implacable. Et pour Benjamin, la pire des barbaries se loge dans cette croyance aveugle dans le progrès de l'humanité. Elle est le refus de ce qui fait la catastrophe, et qui nous fonde: une chute continue, un mouvement de chute qui ne cesse de se reprendre et de nous faire avancer, à mesure que nous chutons - c'est la définition de la marche d'un homme.
Olivier Py: J'aime beaucoup la réflexion de Benjamin, et en particulier cette formule qu'on peut entendre dans toutes sortes de sens. «Tout document de culture est aussi témoignage de barbarie». On peut y entendre que celui qui fait acte de culture essaie de témoigner du fait qu'il y a de la barbarie autour de nous. Mais la phrase peut aussi vouloir dire l'inverse: de toutes les façons, quand il y a culture, il y a dessous violence indépassable du pouvoir. Reste quoi? L'art? L'art est un mot que je déteste. Et je ne crois pas du tout qu'il faille penser la fin de la mort de l'art. Quand on a voulu qu'il meurt, il est mort. Je n'emploie jamais ce mot là, il est mort.
Mais il est mort de quoi ?
Olivier Py:Il est mort d'infarctus bourgeois, il est mort de compromission avec le pouvoir, et il est mort, surtout, d'anorexie. Il a tellement refusé de manger la parole qu'à un certain moment il est mort. De solitude et d'anorexie. Reste ce que j'appelle le poème, qui n'est pas conjoncturel, ni culturel ou sociétal. Le poème, c'est la place de l'esprit, la présence de l'esprit dans l'homme. Là dessus, je suis tout à fait confiant. Il y a et il y aura des poèmes.
Mais ces poèmes peuvent avoir lieu en dehors de l'espace de l'art ?
Olivier Py: Ça a lieu ailleurs, ça a lieu entre hommes. Le théâtre a eu un grand avantage par rapport aux autres arts, les arts plastiques notamment. Le théâtre n'a jamais réussi à être moderne. Et c'est cet échec qui finalement l'a sauvé. Il n'a jamais réussi à être moderne, donc il ne s'est pas laissé piéger dans cette monstrueuse ânerie de l'art garant de la culture. L'art est mort, parce qu'il n'est jamais sorti de l'injonction de l'art pour l'art, l'art auto-référentiel qui ne fait pas autre chose que se désigner lui-même. L'invention de l'art, c'est un retour vers le sacré, ou un retour à soi du sacré, liquidant au passage toute sainteté, toute sanctification des corps. C'est ce qui se passe avec le surréalisme, qui tente de mettre en oeuvre une religion fétichiste au sein de l'Occident. Comment en finir avec le christianisme? Par le fétichisme de nouveaux masques nègres. On peut penser que ce qui aujourd'hui tient lieu de religion d'État, c'est ce fétichisme artistique. Le comportement des visiteurs de musées est très éclairant. Ils s'extasient devant la moindre petite crotte de Marcel Duchamp, et malheur, anathème sur celui qui dit: mais ce n'est jamais qu'une crotte. Le roi est nu, et je le dis. Ce n'est pas du tout le discours réactionnaire d'une Yasmina Reza. Moi je dis: oui, ce n'est qu'une crotte, mais cette crotte est baignée d'une puissance réelle, indéniable. Je ne dis pas que c'est une mystification. Je vois au contraire que ça marche - c'est du fétichisme, très efficace. Mais je ne peux pas me contenter d'être fétichiste, parce c'est un pur rapport au sacré. Et le sacré, c'est de la violence brute. Il faut encore sanct
Date de publication : 01/01/2001
Mots-clés : sacré, littérature, poésie, politique
Inséré le : 18/12/2000 00:00
Thèmes : théâtre, écriture,