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Détournement militaire
Jolly Roger
La passerelle de Brest présente Jolly Roger, une exposition d'Alain Declercq. Après une résidence de deux mois l'artiste s'empare du lieu, réinterroge la ville.
Dans une grande halle aux murs blancs, au sol de béton brut, trône un bateau de plaisance, blindé, en acier. Autour sont disséminés les restes du chantier : plans, outils, casque, échafaudage, cales... L'espace s'ouvre sur la rue par une grande baie vitrée, un rail est disposé dans sa continuité comme la ligne de fuite du bateau, sans eau. Le projet s'ouvre vers la ville, comme un signe, une adresse qui n'a d'autre devenir que symbolique. Le bateau est voué à l'immobilité. Dans une des salles du premier étage desservi par une passerelle surplombant l'espace où se trouve le bateau, un assemblage de panneaux en placoplâtre blanc, matériau brut monté en un mur de plus de neuf mètres de long et de trois mètres de haut qui s'impose au milieu de la pièce. Le visiteur ne voit d'abord rien, puis faisant le tour, il découvre une scène de bataille navale réalisée avec des impacts de balles, l'éclatement du matériau compose le dessin. Ici ou là on retrouve, posés à même le sol, des cartons ou des feuilles, troués de la même manière déclinant des motifs de bataille navale ou des insignes de pirates. Ici ou là, des photographies de l'arsenal de Brest, des plans du port... Tout semble négligemment posé, comme pas hasard, laissé là en chantier. L'exposition d'Alain Declercq est une mise en abîme de la ville détruite pendant la seconde guerre et reconstruite autour d'un arsenal militaire qui orchestre la vie économique et détermine le paysage de la ville. Au départ, il ne s'agissait pas tant pour lui de militariser un navire de plaisance, plutôt l'inverse. Mais devant les refus d'obtempérer des autorités militaires, il a retourné son projet, il a piraté la proposition. L'espace d'exposition est ainsi transformé, trace d'une activité passée, il devient l'espace d'un récit inachevé. La proposition artistique devient l'énoncé d'un complot fictif.
Publié le 2002-09-12
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : art plastique,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Alain DECLERCQ (plasticien),
Passage(s) : La Passerelle Brest 29 200 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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