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Avignon : l'incroyable santé de la vieille dame




L'écrivain et metteur en scène avance ses idées sur ce que pourrait devenir le Festival d'Avignon.


Pendant le mois de juillet dernier, à Avignon, la rumeur rapportait votre candidature à la reprise du festival d'Avignon, pour succéder à Bernard Faivre d'Arcier, dont le contrat ne sera pas renouvelé après l'édition de 2003. Comment vous situez-vous par rapport à ces conjectures ?
Olivier Py : Ma situation est très paradoxale. Je serais extrêmement fier et heureux de pouvoir contribuer au débat concernant le festival d'Avignon. Je trouve cette rumeur encombrante, comme si elle m'avait devancé, justement parce qu'elle correspond à un désir réel et à une question que je me pose. Et cette question est pour moi quasi solennelle. Je n'ai jamais pris à la légère le poids mythologique du festival d'Avignon, et sa réelle puissance de transformation de la vie théâtrale en France. La rumeur s'origine sans doute là. J'ai souvent affirmé cette croyance en Avignon, et je me suis senti assez seul à la porter. Ce lieu est tout à la fois l'origine historique et l'horizon du théâtre d'aujourd'hui. Cette origine n'est pas perdue ou vieillissante, elle renaît chaque année pendant l'été, avec ses variations, un peu en-deçà, ou au-delà des attentes, selon les crus. Tous les étés, se reconfirment et se recomposent les perspectives de la décentralisation culturelle. Et comme un rituel, s'y repose réellement, concrètement, la place de la culture dans nos vies.

Vous disiez que cette question trouve son lieu à Avignon. Quelles réponses y décelez-vous ?
Je trouve extrêmement injuste la façon dont l'œuvre de Bernard Faivre d'Arcier est perçue. On le juge souvent en le comparant à celui de Jean Vilar, qui est réduit à une image, et qui, pour ceux de ma génération, est un festival de papier, un événement que nous n'avons jamais connu. Le festival que nous connaissons, dans lequel nous travaillons, artistes de la scène, et que beaucoup prétendent ne pas aimer, même s'ils s'y retrouvent chaque année, ce festival est régulièrement accusé de tous les maux, alors que pas une seule de ces critiques ne tient à l'analyse.
On dit régulièrement qu'il n'y a pas de création à Avignon, pas de découvertes. C'est délirant, quand on prend la liste des artistes qu'on y a découvert. On entend aussi qu'il n'a pas d'ouverture sur le monde, alors que des artistes de tous les pays ont pu s'y produire et se trouver confirmés par le festival. On dit souvent qu'il est élitaire. Comment peut-on dire cela, alors qu'il a un succès public incontestable, bien au-delà de l'assentiment des professionnels ?
Il y a un autre mythe très coriace : certains artistes seraient totalement exclus du festival, jamais programmés parce que trop subversifs, trop à la marge. Dans la liste, on trouve souvent des artistes qui y sont en réalité passés, et d'autres qui n'ont jamais voulu y aller ! Je pense par exemple que Claude Régy, qui est un des grands absents du festival, n'y est pas allé parce qu'il ne l'a pas désiré. Le festival est en réalité fortement représentatif de l'ensemble de la vie théâtrale.


Bruno TACKELS,
Publié le 2002-09-15

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : théâtre, politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : Festival d'Avignon,
Artiste(s) : Bruno TACKELS (rédacteur), Olivier PY (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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