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Contaminations
Artiste hybride, Stéphane Sautour se joue des nouvelles technologies pour déplacer le territoire de l'art.
« Le 4 février, un drone de reconnaissance américain Predator transformé pour tirer un missile Hellfire a tué trois hommes dans la région de Zawar Khili, au sud-est de l'Afghanistan. » (1) Le drone est un œil sans corps capable de recueillir à distance des informations, de surveiller sans être vu. Le drone, technologie mise au point par l'armée américaine, est un des enjeux du plan de rénovation de l'armée française : « La DGA (délégation générale pour l'armement, ndlr) prévoit ainsi trois générations de drones miniatures (moins de 16 cm, ndlr). La première, dont les études doivent s'achever en 2004, n'aura pour mission que l'observation “au-delà de la colline”. La seconde (2005-2010) inclut la possibilité de “voir par la fenêtre d'un bâtiment”, ce qui impose aux drones d'être capables de contrôler un vol stationnaire (point fixe) ainsi qu'un décollage et un atterrissage à la verticale. Au-delà, la troisième génération (2011-2017) vise la navigation à l'intérieur des bâtiments » (2). Œil volant tout droit sorti d'un film de David Cronenberg, cette arme de pointe déplace le corps à l'extérieur de lui-même. Stéphane Sautour se réapproprie la technologie et renvoie le drone à sa fonction essentielle : le calcul indifférent de données. Dans un contexte artistique, le drone domestique apparaît ridiculement inoffensif. En un geste minimal Stéphane Sautour renvoie l'art à une fonction dérisoire et fondamentale. Il attire l'attention sur ce qui se cache et détermine pourtant, à travers son rôle dans les conflits armés, l'agencement du monde. Il travaille sur le dehors de la perception. Ses travaux relèvent d'une maîtrise technologique mais restent étrangers à toute velléité démonstrative ou esthétisante. Les nouvelles technologies comme les dispositifs de surveillance structurent la réalité sensible, paramètrent imperceptiblement mais de manière inéluctable nos comportements, notre environnement. De ces influences invisibles, de cet incroyable pouvoir des techniques créées pour servir l'homme mais qui finissent par se servir des hommes pour remplir leur fonction, Stéphane Sautour construit des pièces qui sont comme des catalyseurs de sensations sans organe. La pratique artistique révèle à la marge la logique d'une trame implacable et extérieure. L'artiste invente ainsi un jeu de Go dont le mouvement des pièces est calculé à partir de la captation vidéo du déplacement des gens dans un lieu. Le visiteur peut voir sur des écrans TV une partie se jouer ; ce n'est qu'après un long moment qu'il parvient à comprendre que lui-même est pris dans cette partie qui lui semblait d'abord totalement gratuite, extérieure à son comportement. Le logiciel de jeu devient comme un parasite qui se nourrit du mouvement des hommes. Sans remplir sa fonction de divertissement, il dresse « la géographie de territoires surveillés ». De l'absolue indifférence du temps technologique, de l'influence qu'il a sur les comportements, Stéphane Sautour construit encore un combat de chiens : Fight Club (2002). Deux robots chiens sont programmés pour s'affronter, pour développer une agressivité vindicative. Déplacement dans l'espace réel des combats de jeux vidéos, cette pièce fait signe vers la fonction des technologies sur la psychologie et les relations entre individus. Les travaux de Stéphane Sautour se construisent dans des interstices. Ce sont comme des points pris dans une trame logique invisible et dont la simple apparition révèlent d'autres versions du monde. L'artiste joue de déplacement minime, il porte dans le champ de l'art le pouvoir de la technologie pour questionner en un même mouvement la fonction de l'art qui construit ou révèle des blocs de sensations mais reste à la marge d'une quelconque efficacité. La technologie et l'art sont alors comme deux mondes imbriqués dont l'indifférence réciproque ouvre l'espace du jeu.
1. « Le drone miniature, œil volant des fantassins de demain » article de Michel Alberganti publié dans le journal Le Monde daté du 18 juin 2002
2. id.
Léa GAUTHIER,
Publié le 2002-09-15
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : art plastique,
Mot(s) Important(s) : guerre, technologie, surveillance,
Artiste(s) : Léa GAUTHIER (rédacteur), Stéphane SAUTOUR (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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