Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Mettre en scène dans le corps de l'écrit
Auteur et metteur en scène, Hubert Colas travaille la chair de la langue. La sienne et celle des autres. Il codirige à Marseille Montevideo, un espace entièrement dédié à la création contemporaine.
Pendant dix ans, Hubert Colas a mis en scène ses propres textes : Temporairement épuisé, Nomades, La Croix des oiseaux, La Brûlure... Des spectacles oppressants, parfois même étouffants, emplis de personnages autant tragiques que risibles, constamment écartelés entre la monstruosité et la sainteté. Êtres errant sur les décombres de notre post-modernité désillusionnée, n'ayant que la force des mots pour réinventer une communauté humaine et la puissance du verbe pour espérer passer à l'action. Cette langue si particulière, très physique à force d'être déchirée, dicte forcément une manière d'être sur scène. « C'est le texte et l'acteur, celui qui va parler, qui guident la mise en scène, explique Hubert Colas. C'est la raison pour laquelle je travaille toujours avec les mêmes personnes pour sentir jusqu'où l'acteur se sent en liberté, jusqu'où il se permet un certain nombre de choses, qui ne sont pas des volontés agissantes. Ce corps traversé par l'écrit fait naître un mouvement, un geste, une parole, une nécessité. »
Hubert Colas envisage la scénographie comme un espace mental. Il libère ainsi des passages pour que le corps de l'écrit traverse le plus intensément possible le corps de l'acteur. Le comédien est alors simultanément l'instrument et la musique. Et, plus il est consentant et lucide, plus il donne chair aux mots. « L'important, ce n'est pas de savoir qui va porter un texte, mais qu'est-ce qui s'ouvre dans l'acteur qui rencontre ce texte, quelles mythologies de vie, quelles images l'écriture va reconvoquer en lui, pour lui permettre de fabriquer de l'existence. Une existence virtuelle qui n'existe pas matériellement, mais qui est finalement devant nous, entre l'acteur et le spectateur. C'est ce champ-là qui doit être matérialisable. »
Hubert Colas poursuit désormais cette obsession avec d'autres partitions. Depuis quatre ans, sans délaisser complètement l'écriture, il explore des univers apparemment très différents : Witold Gombrowicz (Mariage), Christine Angot (Nouvelle vague et La Fin de l'amour), Sarah Kane (Purifiés) et aujourd'hui Joris Lacoste (Comment cela est-il arrivé ?). Sans doute pour continuer à ouvrir son champ de sensibilité et, surtout, éviter de s'enfermer dans un système de production. « Chaque année, j'écrivais et mettais en scène un texte. Je me suis retrouvé dans une rythmique qui était trop lourde, et pour moi, et pour ma compagnie. Quelque chose n'était plus juste dans le rythme lié à la direction d'acteur, à la mise en scène et à l'écriture. Tout convergeait vers un même sens. Il fallait que je cherche ailleurs. J'avais besoin de sentir autrement le rapport du corps à l'écriture, de traverser d'autres textes. Je veux être confronté à quelque chose d'inconnu qui va exiger une convocation autre de moi-même. »
Frédéric KAHN,
Publié le 2002-09-15
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : portrait
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Hubert COLAS (metteur en scène), Frédéric KAHN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :