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Politiquement incorrect
Placée sous le signe de la reconstruction, la 4e biennale de Cetinje, au Monténégro, accueille une centaine d'artistes internationaux et devient l'une des manifestations phare de l'art contemporain dans l'Est de l'Europe.
À 1477 kilomètres du Louvre, une ville, Cetinje, capitale historique d'un pays, le Monténégro. Là, et tout à côté, la guerre est finie, plus de bombes, de frappes
« chirurgicales » ni d'extermination ethnique. Milosevic est entre les mains du Tribunal international de La Haye et l'opinion publique de l'Europe occidentale peut dormir sur les deux oreilles de l'amnésie... Là, en un geste politique atypique, audacieux qui désenclave la création dans les Balkans, le prince Nicolas Petrovitch Njegosh a créé une biennale d'art contemporain. Rien à voir avec Venise, Sao Paulo ou Kassel... Près d'une centaine de travaux d'artistes sont réunis sans désir d'exhaustivité, sans volonté de représentativité nationale particulière. Cette manifestation s'impose bien plus comme un laboratoire de recherche et d'échange que comme une vitrine artistique.
La biennale du Monténégro est née en 1991. Quelques mois après éclatait le conflit yougoslave. Aujourd'hui, le Monténégro appartient à la République Fédérale de Yougoslavie, il est pris entre les désirs contradictoires de créer un État unitaire, d'affirmer la valeur d'une confédération, de revendiquer sa totale indépendance. Le Monténégro est en pleine déréliction politique. Aux dernières élections, la population n'a pu déterminer aucune majorité. Le revenu moyen par habitant n'excède pas les 200 euros mensuels. Le système éducatif part à vau-l'eau, les jeunes cerveaux vont à l'étranger. Les trafics ont gangrené toute logique économique. Les constructions sauvages des nouveaux riches défigurent le pays. « Du kitch au sang, il n'y a qu'un pas » avait écrit pour la première édition de la biennale en 1991, Jusuf Hadzifejzovic sur les murs du palais bleu. Plus de dix ans après, la proposition s'inverse : du sang au kitch c'est un pas analogue, en arrière, moins spectaculaire, presque aussi destructeur. Pourtant, comme en écho souriant, Huseyin B. Alptekin inscrit cette année sur un panneau publicitaire en strass, « Moze Moze » ; en serbo-croate, « c'est possible ». Ritournelle dans la bouche des monténégrins, cette expression symbolise également le positionnement politique de la manifestation... Quelque chose semble à nouveau possible, quelque chose reste à inventer et l'art n'y est pas étranger. C'est sous cette note que se déroule la quatrième biennale, dont le thème est la reconstruction.
Comme pour les autres éditions, les artistes ont investi la ville et quelques-uns de ses bâtiments. Ils mettent en question la construction d'un réel en train de se faire, offrent un regard à la marge qui ouvre les possibles, déploient les perspectives. Parce que quelque chose est à inventer, parce qu'une prise de conscience critique s'impose face à l'apathie ambiante, la biennale s'élabore, sous le commissariat de Iara Bubnova, Andrei Erofeev, Katerina Koskina et Svetlana Racanovic, autour de trois thématiques : « parler à l'homme de la rue », « sculptures habitables » et « ultimum projectum ». Trois pans qui se recoupent sans cesse et qui tissent dans la ville un maillage d'adres-ses à la population. Ici, sur la façade du palais du roi Nicolas, Braco Dimitrijevic a simplement accroché la photographie d'un passant anonyme. Le visage enfantin de cet inconnu trône sur une place qui a pu accueillir les effigies des dirigeants politiques. Comme une question posée sans apparat, cette image déjoue les attentes du réalisme autoritaire et invite à la construction d'une identité en devenir. Invective violente pour les autorités religieuses locales, Oleg Kulig a installé sur cette même place un impro-bable accouplement de bovidés en verre transparent. Fontaine érotique en hymne au cycle naturel, la verge du taureau alimente la fontaine et féconde la vache d'une myriade de fleurs synthétiques.
Léa GAUTHIER,
Publié le 2002-09-15
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : reportage
Thème(s) : art plastique, installation,
Mot(s) Important(s) : Monténégro, biennale, reconstruction, Cetinje,
Artiste(s) : Léa GAUTHIER (rédacteur), Braco DIMITRIJEVIC (plasticien), Oleg KULIG (plasticien), Elena KOVILINA (plasticien), Antonios PANAGOPOULOS (plasticien), Sokol BEQUIRI (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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