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Aux racines du réel
Subréel
L'exposition Subréel, au MAC de Marseille, élabore un parcours perceptif et fait jouer les ressorts de l'imagination pour troubler le réel et en explorer les dessous.
Dans le hall du musée, une pièce est installée sur les pans de deux murs en angle. Des ampoules blanches alignées clignotent. En s'approchant, la chaleur pénètre le corps, l'intensité lumineuse aveugle. Le regard est réduit à la perception de tâches fluorescentes qui persistent lorsque les yeux sont clos. Sensations contradictoires, le visiteur est pris en étau entre le plaisir physique et la violence d'un regard impossible. Light Corner de Carsten Höller ouvre l'exposition Subréel orchestrée par François Piron et Nathalie Ergino au MAC de Marseille. Le brouillage de la perception quotidienne,
la déstabilisation de la fonction régulatrice du regard apparaissent en préambule du parcours. Subréel n'est pas une exposition manifeste. Les seize œuvres présentées ne constituent aucun courant artistique, elles témoignent d'un éclectisme tant formel qu'intentionnel. Subréel est un pied de nez au surréel, à ses prétentions transcendantes et unitaires... C'est également un clin d'œil puisque les œuvres jouent de l'imaginaire, du rêve, des psychotropes... Sans didactisme, Subréel propose une déambulation artistique dans les arcanes du réel.
Le réel n'existe pas massif, implacable et objectif. C'est un chantier permanent où s'entrecroisent les plans du psychisme, de la fiction, du rêve et de l'imagination. Les œuvres présentées sont autant d'attentions singulières portées à des points différents de ces carrefours sans fin. Chacune interroge la réalité aux frontières des contradictions qui la constituent, renvoyant dans un même mouvement l'art à ses fondements. Jim Shaw, par exemple, présente Dream Drawings/Dream Objet (A striped painting that zigzagged from ceiling...). Cet ensemble de quarante dessins au crayon disposés à hauteur d'yeux est une transcription fidèle des rêves de l'artiste. La multitude des détails de chaque dessin oblige à une attention minutieuse à travers laquelle surgit un univers foisonnant où se conjuguent violence et absurdité. Ici un char d'assaut porte l'inscription « You have nothing to fear » (vous n'avez rien à craindre), là un personnage en béquilles tombe au sol en disant : « At last I have a use for society » (enfin, j'ai une utilité pour la société). Jim Shaw nous propulse sans ménagement dans un univers où la violence sociale s'imprime sur les corps. La figuration plastique du rêve n'est pas l'autre d'une représentation réaliste du monde, elle devient un moyen intime d'expression d'une réalité en train de se construire : à l'interface du rêve et du réel se joue l'enchevêtrement du social et de l'intime, du pouvoir et du désir. Le monde n'existe pas en dehors des représentations que nous en faisons. Mais la teneur même de ces représentations dépend des états du corps. Ainsi, Christophe Berdaguer et Marie Péjus s'inspirent des recherches sur les modifications de la perception induites par des troubles psychiques pour construire Morphine Landscape, un espace blanc, incliné, en forme de vague, sur lequel il est possible de marcher. Le visiteur peut s'étendre sur la surface où des patchs de morphine sont disposés par endroits... Expérience des mutations de l'espace sans transformation de l'objet... Ici ce n'est plus l'architecture qui détermine le corps mais les états du corps qui inspirent l'architecture.
Léa GAUTHIER,
Publié le 2002-00-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : art plastique, installation,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Léa GAUTHIER (rédacteur), François PIRON (commissaire), Laurent MONTARON (plasticien), Laurent GRASSO (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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