Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Quelle formation aux arts de la rue?
Au festival Coup de Chauffe à Cognac, Michel Crespin et Serge Noyelle ont dévoilé les grandes lignes d'un projet de formation pour les arts de la rue, dont les premiers modules de préfiguration se mettent en place.
A la demande du ministère de la Culture et de la Communication, le fondateur de la Cité des Arts de la Rue, Michel Crespin s'est associé à un «collège de compétences» pour développer une proposition de formation supérieure dans le domaine des arts de la rue: la FAI AR (Formation Avancée et Itinérante des Arts de la Rue). En attendant son ouverture en septembre 2004, des modules de préfiguration dont le premier est programmé en octobre/novembre 2002, sont mis en place. Depuis qu'il a reçu en juin dernier la confirmation de leur financement, Michel Crespin redouble les efforts de communication. Le festival des arts de la rue «Coup de Chauffe à Cognac» (6,7 et 8 septembre) fut pour lui une nouvelle occasion de présenter son projet, et de le légitimer. Une telle formation a en effet de quoi laisser a priori quelques oreilles dubitatives. Par quel tour de passe esquiver les aberrations que pourrait provoquer une étroite collaboration entre la rigidité des institutions et l'élasticité des arts de la rue? Comment transmettre un savoir -et lequel- sans brider les individualités créatives et formaliser un champ de l'art hautement indiscipliné? Conscients que de telles zones d'ombre planaient inévitablement dans l'esprit de leurs interlocuteurs, Michel Crespin accompagné du metteur en scène et directeur du théâtre de Châtillon Serge Noyelle, un des huit membres du collège de compétences, ont pris les devants en soulignant la nécessité de leur initiative, et la philosophie qui servit de garde-fou à l'élaboration du projet:
la rue est un territoire de création permissif qui en trente ans a vu un art polymorphe et insaisissable naître de lui-même. Elle serait comparable à un laboratoire d'expériences qui aurait suffisamment généré de matière pour maintenant précipiter de nouvelles esthétiques et s'ouvrir à des horizons nouveaux. Apparemment, il serait temps pour les arts de la rue de franchir un pas...
Option choisie pour accélérer le mouvement: la transmission de savoir et savoir-faire qui permettra aux personnes porteuses de véritables projets d'écriture de contourner les «coups qui ne servent à rien» (?), et d'éviter les pertes de temps et d'énergie qui freinèrent leurs prédécesseurs. La formation ne s'adresse donc pas au petit jeune qui ne saurait pas quoi faire de ses 10 doigts une fois le bac en poche, mais à des individus ayant déjà une histoire concrète avec les arts de la rue -les arts ou la rue-, un projet solide, et bien-sûr quelque-chose à dire: «le regard personnel qu'il porte sur les autres, le monde, les faits de société pour faire émerger l'«être politique»; le regard décalé voire loufoque, indécent ou iconoclaste, humoriste ou incisif, «border line», qui éloignent du «politiquement correct artistique» seront des éléments déterminants de l'appréciation.»*. Il s'agira donc de leur apprendre à mieux faire résonner leur parole dans la contingence de la rue. La formation ne sera pas diplômante mais «professionnalisante», durera deux ans et, tout en gardant la Cité des Arts de la Rue de Marseille pour épicentre, elle se déplacera dans six ou sept villes dont deux en Europe. Sous la forme d'un parcours itinérant à travers la diversité des géographies, des esthétiques, des univers sociaux et disciplines artistiques, elle se chargera de camper les «apprentis» face aux grandes problématiques de la création dans l'espace public, nourrira leur trajectoire individuelle, tout en gardant pour credo «vois, mais affranchis-toi de ce que tu as vu». Un idéal de compagnonnage qui acheminerait chaque auteur vers son écriture singulière.
Le bien-fondé d'une telle formation dépend désormais de la mise en pratique de la philosophie qui l'a engendrée. La possibilité de transmettre sans formater ne pouvant s'éprouver qu'«en la marcha», autant dire que les deux années de préfiguration, qui seront l'occasion d'appréhender heurs et malheurs des quelques perspectives «pédagogiques» pressenties mais pas encore clairement définies, sont bienvenues.
L'application des critères de sélection des futurs «apprentis» -et par conséquent l'identité de leurs auteurs- influeront aussi sur le devenir de la formation et la feront évoluer -ou non- à la mesure de ses intentions initiales.
Bref, la FAI AR s'expose aux risques auxquels se sont confrontées toutes les écoles supérieures d'art, et ses initiateurs entendent évidemment tout mettre en œuvre pour ne se défaire ni de leur éthique, ni de leur «vigilance politique».
Quoi qu'il en advienne, esthétique et dimension politique des arts de la rue entreprennent leur mutation. A suivre.
*Extrait de l'«Etude de définition et de faisabilité» réalisée par Michel Crespin, avec la collaboration d'Anaïs Lemaignan.
Hélène BANNIER,
Publié le 2002-09-18
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : art de la rue,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Hélène BANNIER (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :