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Une danse du camouflage
Tanz im August
Chapeau : Les estoniennes Krõõt Juurak et Merle Saarva sont la révélation du festival berlinois Tanz im August, qui s'est achevé le 31 août dernier.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Barbara BREITENFELLNER rédacteur
Krõõt JUURAK chorégraphe
Merle SAARVA chorégraphe
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Légende :
Camouflage de Krõõt Juurak et Merle Saarva.
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Légende :
Schreibstück de Thomas Lehmen
Texte : Durant l'
Internationales Tanzfestival - Tanz im August 2002 de Berlin (15 au 31 août 2002) une trentaine de chorégraphes et compagnies ont présenté leurs dernières créations. Organisé par le Hebbel-Theater et TanzWerkstatt en partenariat avec, entre autres, le Podewil, les Sophiensalle et le Theater am Halleschen Ufer le festival présentait de multiples positions artistiques. Aux côtés de personnalités établies comme Merce Cunningham, Meg Stuart ou Saburo Teshigawara, les organisateurs ont choisi de jeunes productions, de Boris Charmatz à Davis Freeman & Lilia Mestre, en passant par Thomas Lehmen. Sans oublier les soirées Sol.East et Young and Restless, consacrées aux chorégraphes d'Europe Centrale et Occidentale.
Venues de Tallin, Krõõt Juurak et Merle Saarva ont présenté, avec une version raccourcie à 25 minutes de
Camouflage, l'oeuvre la plus complexe et étrange de la soirée Young and Restless (et, peut-être aussi, de tout le festival). Au début de la pièce, une femme enceinte (Merle Saarva) sautille sur scène. Apparaît une beauté rousse, adolescente en pantalon de ski (Krõõt Juurak), grimaçant, l'air mi-effronté mi-gêné. Ce pourraient être des âneries, mais le tout est plus inquiétant que drôle. Soudain, Krõõt Juurak grimpe sur les bancs de la salle et réclame agressivement l'attention du public, tandis que Merle Saarva continue de danser tranquillement sur scène. La concurrence entre les deux femmes entre en jeu, transformant la situation en une fausse interview: chaque réponse est niée par un «
Do you think it's important?». Plus tard, les deux danseuses se retrouvent allongées et immobiles, disparaissent derrière le rideau de fond de scène, reviennent à demi-habillées, crient, pendant que -par le plus grand des hasards- l'orage gronde au dehors. L'oeuvre est suffisamment dérangeante pour que de nombreux spectateurs quittent la salle avant la fin de la représentation. L'intensité et la présence des deux danseuses étaient des plus impressionnantes, ainsi que leur courage d'amener cette oeuvre difficile, parfois insupportable, sur scène. Enfin, que Krõõt Juurak et Merle Saarva ne viennent pas saluer le public au moment des applaudissements, fait preuve d'une intégrité qu'un joli sourire de reconnaissance aurait sans doute gâchée.
Thomas Lehmen, avec la première présentation publique de
Schreibstück (traduit littéralement: Piéce écrite), montra une approche très différente des possibilités d'usage de la scène et du corps en mouvement. Trois chorégraphes: Sonia Baptista (Lisbone), Mart Kangro (Tallin) et Martin Nachbar (Berlin) ont reçu, sans discussion préalable et sans se rencontrer, un petit livre d'instructions rédigé par Thomas Lehmen. Ils ont travaillé, chacun à partir de ce texte, avec trois danseurs. Quelques jours avant la représentation, les chorégraphes et danseurs se sont réunis à Berlin et ont amené leurs versions de la pièce sur scène, à la manière d'un canon. Le script, structure de base du projet chorégraphique, consiste en des séquences d'une minute énonçant des thèmes de la vie quotidienne comme «travailler», «penser», «baiser», «attendre/regarder» ou «histoire d'amour». Sans aucune musique, sur une scène au blanc des plus neutres, eut lieu la première de
Schreibstück. Thomas Lehmen surprend avec cet exercice intellectuel. Malgré la sécheresse des directives, ou plutôt par le biais énorme d'imposer des limites à des chorégraphes, il trouve une manière extraordinaire de faire s'échapper les personnalités des danseurs.
De toute évidence, le Tanzfestival de Berlin fut la preuve qu'une jeune génération de chorégraphes est à la recherche de nouveaux moyens et formes d'expression. Pendant que certaines productions tournent à vide dans la tentative de briser les formes établies par des modes prétentieuses et sans fondement,
Camouflage et
Schreibstück, dans leur étrangeté et leur conception, montrent qu'il est encore possible de trouver des chemins de création.
(de notre correspondante à Berlin,
Barbara Breitenfellner)
Date de publication : 18/09/2002
Inséré le : 18/09/2002 00:00
Thèmes : danse,