Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Pénitent postmoderne

«Grand-messe de l'animalité»

Chapeau : Une performance en forme de confession dans l'espace d'arts contemporains attitudes, à Genève.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Anna HOHLER rédacteur
Wayn TRAUB performeur

Texte : Impossible de dire s'il se moque ou s'il a les larmes aux yeux. Wayn Traub cache son visage dans l'habit noir d'un confesseur. Une voix off nous donne des frissons, nous «sort de notre sommeil d'hiver», comme l'artiste belge le prescrit dans son Manifeste du théâtre de l'animalité. Un homme déclame, phrase par phrase, ce que nous préférerions parfois oublier. Nous rappelle ce qui fait que le ciel qui nous veille soit constellé d'étoiles, ou au contraire qu'il y a des jours où l'on n'a même plus la force de se lever. «Je porte la faute, dit-il, pour avoir sifflé à table. Pour avoir peint les couilles du cheval de Charlemagne en rouge. Et pour avoir dévisagé tant de femmes mariées.»

Ensuite le vent tourne, les pistes se brouillent: «Merci, Dieu, merci pour tous les nourrissons séropositifs. Pour les reportages sur le Rwanda. Merci aussi pour le corps nu de mon amour. Et laisse-moi prier pour que les avocats se taisent. Pour ma maman, pour la mère de ma mère et sa mère, si patientes avec leurs enfants.» Et puis la moquerie prend carrément le dessus: en guise de pénitence, le jeune artiste dégoupille des sprays de déodorant. Un, deux, jusqu'à six flacons en même temps, qui ornent sa tête comme une couronne d'épines. C'est peu dire qu'il se lave du péché à la va-vite: une nuée de parfum efface tout soupçon de confession honnête.

Conçue en deux jours à peine, cette performance intitulée Grand-messe de l'animalité est pour Wayn Traub, 29 ans, une manière de tester certaines de ses idées sur scène. Il ne se prend pas trop au sérieux: ce qui l'intéresse, c'est de discuter avec les spectateurs après coup. Drôle de sensation, ce mariage du ridicule et de la profondeur. Une balade sur la corde raide. «Dieu, continue la voix, pardon pour ceux qui sont trop fatigués des bruits du monde. Et pour ceux qui ne pleurent même pas quand leur équipe perd.» On a envie d'ajouter: qui que tu sois, là-haut, caché derrière les étoiles, merci de nous faire vivre intensément. Il y a tant de choses à ne pas rater dans ce monde. Il y a Wayn Traub.

Date de publication : 19/09/2002


Mots-clés : religion, culpabilité
Inséré le : 20/09/2002 00:00
Thèmes : performance, théâtre,