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Jamais trop de bruit

Chapeau : Le festival Dansem a choisi d'ouvrir sa cinquième édition à la friche Belle de Mai avec Bruit, une création du collectif marseillais Skalen.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Frédéric KAHN rédacteur
Collectif SKALEN Metteur en scène

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Légende : Bruit, création du collectif Skalen

Texte : Dansem a choisi d'ouvrir sa cinquième édition à la friche Belle de Mai avec Bruit, une création du collectif marseillais Skalen. Cet ensemble d'individualités fortes pratique le télescopage des matériaux: des corps en mouvement, de la musique et des images vidéos. De cette confrontation naît toute une série de bruits au sens animal du terme. Ils percutent et se répercutent dans nos sens.
Dès les premières minutes du spectacle, le collectif Skalen instaure un rapport organique à l'espace de la scène, à partir de médiums pourtant extrêmement sophistiqués. Physiquement présent sur la scène, le musicien Jean-Marc Montera englobe les corps des danseurs avec un dispositif électroacoustique. En allant bien au-delà de la reproduction des bruits qu'émettent la chair et les os, il suggère l'avènement des clameurs intérieures de l'être. Idem pour la vidéo qui, sans totalement éviter le piège de la fascination gratuite pour l'effet visuel, provoque de puissants troubles de la perception. Les plus belles altérations de sens sont alors provoquées par la convocation de l'altérité, l'extension du geste, sa démultiplication. Le vidéaste Patrick Laffont évoque ainsi d'autres possibilités d'humanité, son prolongement, notamment dans l'entremêlement du féminin et du masculin.
Quant à la danse à proprement parler, elle se débat au cœur de ces échos que parfois elle suscite et que parfois elle subit. Michèle Ricozzi, José Maria Alves et Fabien Almakiewicz doivent encore sans doute resserrer le tricotage de leurs individualités. Ils ne peuvent pas être tous les trois chorégraphes. Ils vont peut-être toucher à la limite du travail collectif où chacun est responsable de son acte et des gestes des autres. Un regard encore plus extérieur leur permettrait sans doute de se dépouiller totalement des postures gestuelles pour se focaliser uniquement sur le devenir du geste.
Ces réserves n'entament pas toutefois la force intrinsèque de la proposition. Bruit tend à révéler des sensations rares et enfouies profondément en nous. La tentative de pousser, comme le préconise Gilles Deleuze, le langage artistique jusqu'à la limite de l'animalité: «Il faut toujours être à la limite qui nous sépare de l'animalité, mais justement de telle manière qu'on n'en soit plus séparé. Il y a une inhumanité propre au corps et à l'esprit humain». Et cette recherche n'est pas laborieuse, puisqu'elle se construit sur le jeu.

Bruit à été présenté les 20 et 21 septembre, à la friche La Belle de Mai, par le festival Dansem.


Date de publication : 25/09/2002


Inséré le : 25/09/2002 00:00
Thèmes : danse,