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Les seigneurs de la guerre

«Bérénice»

Chapeau : Avec «Bérénice», cette pièce de guerre où il faut liquider l'amour pour aller au combat, Bernardo Montet et Frédéric Fisbach tentent l'alliance de la chorégraphie et du théâtre.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Frédéric FISBACH Metteur en scène
Bernardo Montet / Association Mawguerite chorégraphe

Texte : Une provocation: «Bérénice» ne serait pas une pièce d'amour mais une pièce de guerre. Les protagonistes ne sont pas des dandys de salon ni des précieux, ni des petits marquis de cour désoeuvrés mais des guerriers. Ils rentrent de guerre et ils repartent à la guerre: Guerres sanglantes de conquêtes, massacres coloniaux: Bérénice elle-même est un chef d'armée.


On dit qu'il ne se passe rien dans Bérénice, ce serait donc une pièce sur l'immobilité, une Dramaturgie du rien -il n'y a pas de sang, pas de mort- une dramaturgie du verbe pur. Épure, géométrie, mouvements du nô japonais. . . Toute la gamme a été exploré.


«Bérénice» est une pièce du mouvement violent, celui des êtres qui s'arrachent et qui se séparent, tout le chemin qu'il faut accomplir pour se séparer de l'autre.
Si l'on reprend la démarche de la facticité (Sartre) les faits sont nombreux: historiques, épiques, psychologiques. . .
Pour le maître de guerre Titus, l'amour n'est pas le repos du guerrier, mais une entrave à la liberté d'agir, de faire la guerre, d'exercer le pouvoir. L'amour empêche le seigneur de guerre d'être productif. Il faut liquider ces liens pour passer aux choses sérieuses. Faire l'amour empêche de faire la guerre.


Nous avons l'image des chorégraphies baroques de Versailles dansées par des emplumés et costumés, marionnettes efféminées de la galerie des glaces. En fait les maîtres de danse entraînaient les guerriers et montaient au champ de bataille avec eux.
Bernardo Montet reproduit ce geste lorsqu'il entraîne les légionnaires dans le désert éthiopien et chorégraphie la préparation aux combats pour le film de Claire Denis «Beau Travail». Il poursuit cette approche des corps en guerre avec «Dissection d'un homme armé».


Si l'approche du théâtre de Frédéric Fisbach est chorégraphique, l'approche de la danse par Bernardo Montet est celle d'un théâtre des opérations, et non d'une théâtralisation de la danse. De même, Frédéric Fisbach ne danse pas le théâtre, les corps y sont en mouvement plutôt à la manière des autistes à la recherche de parcours, de traces jusqu'à leur point d'immobilité (cf. «Tokyo Notes»)


Il y a quelque chose de l'impossible utopie en ce lieu racinien où le plus beau guerrier, le plus grand des vainqueurs craint d'être amolli par l'amour.
Ce n'est ni une pièce de Tchekhov, ni un drame bourgeois. Nous avons relu cette oeuvre à travers le prisme du XIXe siècle comme si «Bérénice» était l'oeuvre fondatrice du théâtre bourgeois à trois personnages: le mari, la femme, l'amant.


Bien autre chose se joue dans la rhétorique destructrice de ces alexandrins: une utopie barbare, celle de ces hommes qui se prennent pour des Dieux sur terre, des êtres exceptionnels qui abreuvent l'histoire de massacres sanglants, et qui jouent à être les plus grands des amoureux.

Date de publication : 01/01/2001


Mots-clés : guerre
Inséré le : 20/03/2001 00:00
Thèmes : théâtre, danse,